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la fin du lithium
Datte: 20/08/2026, Catégories: f, Auteur: Landeline-Rose Redinger, Source: Revebebe
Chacun de nous est un mélange de rapports sociaux d’hormones et d’acides nucléiques. À l’image de mes compatriotes homo sapiens-sapiens, j’étais faite des composants énoncés par le Nobel de médecine 1965. Mais sorti de ce morne hiver, sombre et bas, mon corps arrivait là, sans désir. Je n’ai jamais été une fille dont seul le doigt me transporte. Les caresses que je me donne ne sont que peu efficientes. Mon corps n’est pas, et mon histoire l’atteste, une propriété privée. En terme notarial, je suis à moi seule, une nue-propriété et réserve l’usufruit de mon bien à quiconque veut en jouir. Donc, l’hiver avait su venir à bout du désir qui m’avait transporté jusqu’à l’automne finissant. Le tout dernier don qu’il fît – mon corps – aux doigts rudes et aux mains qui le malmenaient ne m’émoustilla guère. Je me remémorais ce passage comme une litanie clinique de faits et de gestes hors de moi. Beaucoup de bruit pour rien, sans la grandeur shakespearienne. Détachée et lointaine, je regardais les hommes comme le petit train des insectes butinant de-ci de-là. Comme une inflorescence dont je n’étais pas la fleur. Que leurs pistils aient ensemencé ma bouche ne me laissait qu’un souvenir distant. Ceux que j’avais trouvés sans peine ne m’apparaissaient alors que comme une banale rencontre. Tel un trajet habituel qu’on aurait détourné et dont le parcours vous met devant quelque délicat passage, qu’au final vous passez allègrement. Mes paupières lourdes, mon corps sans énergie ...
... propre, me laissaient sur mon lit, dans la semi-obscurité de la journée. Je voyais bien sûr cette fille que je fus en fin d’automne ; je voyais les trois hommes qui, croyant me forcer, dans ce cocktail privé après l’inauguration de la galerie, n’avaient fait qu’œuvrer aux basses besognes, si vites et si mal faites. J’étais ressortie de là, dépitée de si peu d’imagination. L’un d’eux, terrassé par sa conscience, s’était jeté à mes pieds en pleurant toutes les larmes de son corps. J’avais secrètement aimé sa torture. Ce fut ce soir-là ma plus grande jouissance. Mais cela ne venait ni raviver mes sens ni présager la renaissance de l’envie. Allais-je donc vivre sans désir, allais-je devoir imaginer une existence monastique dans le cloitre de ma quotidienneté ? Cette simple idée me rendait à de sombres pensées. J’avais mentalement tourné en boucle les ressorts du désir, mais mon cerveau reptilien était à jamais éteint. La lecture de nouvelles érotiques, la vision de sexes pénétrant des sexes, l’instant de rétention d’une queue avant que n’en jaillisse le jus dans la bouche avide, tout cela même qui avait fait ma vie, m’était désormais d’une platitude et d’une banalité affligeantes. Certes, l’hiver je l’avais passé seule. Nul n’avait touché mon corps. La main d’autrui, me disais-je, serait peut-être l’unique pierre angulaire du plaisir ravivé. De ce plaisir aucun désir ne naissait ; j’allais donc chercher le plaisir pour que naisse le désir. Sans désir le plaisir n’est qu’un plat sans ...