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Des débuts difficiles
Datte: 18/08/2026, Catégories: init, fh, hplusag, Auteur: Liane, Source: Revebebe
Mon visage ingrat, je le tiens de ma mère, et mon corps rachitique, de mon père. Le mélange des deux a accouché d’un gnome sans attrait, rachitique et difforme. Difficile à supporter, surtout lorsqu’on est une femme. Même si la notion de beauté est somme toute relative, objectivement je suis plutôt vilaine. Après en avoir souffert pendant près de cinquante ans, j’ai fini par m’accepter et, aujourd’hui, je le vis plutôt bien. Comme j’aime à le répéter, j’ai la laideur épanouie. Cela ne m’a pas empêché d’avoir un mari, trois merveilleux enfants et de connaître également quelques aventures coquines. Puberté et adolescence ont été dramatiques. Lorsque j’étais gamine, je planquais les miroirs, espérant ne jamais avoir à croiser mon regard dans une glace. Et, les quelques transformations physiologiques qui suivirent n’ont fait qu’empirer ce dégoût de moi-même. Question garçons, ma jeunesse fut un désert immense. Passé un certain âge, je me suis complètement repliée sur moi-même. Je préférais rester seule, dans mon coin, je ne fréquentais personne et, quand je sortais, je rasais les murs, dans l’espoir de ne croiser âme qui vive. Lorsqu’il me fallait enfin rentrer (bien obligée !) dans les salles de classe, je percevais immédiatement l’expression ironique et moqueuse de certains élèves. Non seulement j’étais différente, mais mon attitude un peu bizarre contribuait également à ma mise à l’index. Quant aux autres de mes condisciples, ils m’octroyaient une parfaite indifférence, ...
... j’étais pour eux transparente, quantité négligeable, j’ai toujours eu beaucoup de mal à me faire des copines, encore plus à les conserver. Piètre consolation, je comblais ma solitude en lisant beaucoup, j’avais du temps pour moi, je me réfugiais dans les bouquins. J’avais vu pousser sur moi cette paire de seins horribles, mollusques oblongs propulsés vers le sol, beaucoup trop gros pour mon buste squelettique. J’avais vu apparaître ces touffes de poils noirs qui s’épaississaient, çà et là, aux quatre coins de mon anatomie, et qui me donnaient l’aspect d’une vraie guenon. Les autres attributs de la féminité étaient restés étrangers à ma petite personne : des fesses ultraplates, des cuisses maigrelettes, des hanches beaucoup trop étroites et un visage androgyne, je ressemblais plus à un homme, qui se serait fait greffer une poitrine molle et disproportionnée, qu’à une vraie femme. Pour autant, je n’ai jamais remis en cause mon genre et encore moins mon sexe, c’est vrai qu’à l’époque, on ne se posait pas ces questions-là ; peut-être est-ce à cause de mon éducation, mais je me suis toujours sentie femme attirée par les hommes, hétérosexuelle dans l’âme. Je maudissais souvent ma génitrice, avec en tête le souvenir de la fois où, encore toute petite, une de mes camarades de maternelle m’avait demandé pourquoi ma mère avait de la moustache… Maman n’était pas féminine pour deux sous, elle ne connaissait pas la pince à épiler et se pomponnait avec parcimonie. Son manque de grâce ...