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L'expiation
Datte: 16/06/2026, Catégories: #biographie, #psychologie, #société, #drame, #nonérotique, #confession, #personnages, Auteur: Jane Does, Source: Revebebe
... l’illusion que nous sommes toujours vivantes. Hier, elle m’a demandé un conseil pour un bouquin et je lui ai noté un titre qu’elle devrait dégoter à la bibliothèque. Le mot plié, je le donne à la matonne. — Tenez, madame, c’est pour Aline… le titre d’un bouquin qu’elle cherche. — Vous pouvez lui donner vous-même… — Oui… oui, bien sûr. Mieux vaut être prudente ; les trafics dans cette boutique sont nombreux, et gare à celles qui se font pincer. Pas pour la punition dont nous nous fichons comme de notre première chemise, mais plus pour les retraits de réduction de peine que les sanctions entraînent quasi automatiquement. Et ce matin, il pleut, ce qui enlaidit encore un peu plus notre quotidien. Vers dix heures, alors que je lis, la porte livre passage à la surveillante. — Préparez-vous… pour le parloir avocat ! Je repasse dans une minute. — … Pas de réponse à donner, et je mets un gilet sur mes épaules, chausse mes pieds des chaussures qui me servent pour la promenade. Mon avocate ? Ça fait un bail que je n’ai plus de nouvelles. Pourquoi me relance-t-elle, des années après ? De toute façon, je vais le savoir dans quelques minutes. Et j’ai droit à un strip-tease administratif, comme toutes celles qui s’éloignent de la détention. À force, on s’habitue même à ce genre de fouille à corps. Je me mets à poil sans état d’âme. Râler ne sert à rien, ici, les habits bleus sont les maîtresses du jeu. Et me voici escortée vers les cabines des parloirs-avocat. Maître ...
... Hulotte… elle aussi a pris un coup de vieux, on dirait ! Elle me tend la main, me sourit. Ce simple geste me ramène à une réalité perdue dans les oubliettes de ma mémoire. Il y a combien de temps que personne ne m’a plus donné une poignée de main, ou fait une bise ? C’est si loin que ça me fait tout bizarre de sentir la chaleur des doigts de cette femme. Elle s’assoit et me désigne du menton le siège fixé au sol de l’autre côté de la table. — Cécile… ça fait longtemps, n’est-ce pas ? — Euh… oui… mais si vous êtes là, je suppose que ce n’est pas pour me demander comment je vais ! — Ben… un peu tout de même ! Vous approchez de votre date de libération et l’administration m’a donc mandatée pour voir avec vous si vous désirez monter un dossier de libération. Ils ne veulent pas vous lâcher dans la nature sans s’assurer que vous arrivez à vous réacclimater. — … ? Quoi ? Vous voulez dire que ceux qui m’ont collée au trou se souviennent que je suis toujours bien vivante, et ce, juste quelques mois avant de me retrouver à la rue. — C’est pour éviter justement que vous soyez SDF que je vais vous aider à mettre en place des mesures d’accompagnement. — Je n’ai rien demandé… pas plus à entrer ici que pour en sortir. Je n’ai rien à me reprocher et que les juges aient décrété que j’étais impliquée dans toute cette fange ne fait pas pour autant de moi une vraie coupable. Alors, non, je ne veux pas d’aide de ces gens qui m’ont si bien enfoncé en leur temps… — Vous êtes certaine ? Je peux ...