1. Les stigmates de la passion


    Datte: 15/06/2026, Catégories: nonéro, religion, vengeance, Auteur: rocknrollwolf, Source: Revebebe

    ... victorieux de la veuve, le prêtre précipita le temps de l’envoi. Afin d’éviter les commérages, il esquissa une mine malicieuse et lança à la cantonade une citation qui lui était revenue : « Sur mon blason, je préfère une tache de sang à une tache de boue ». Tout à la fois, gênés et polis, la plupart de ses ouailles crurent bon de sourire, voire de s’esclaffer. Profitant de cet intermède qu’il crut facétieux, et ne réalisant pas qu’il avait omis la prière d’Action de grâce, il extirpa de sa Bible une feuille pliée en quatre et s’apprêta à lire les annonces qui clôtureraient l’office. Mais c’eût été sans avoir pris l’exacte mesure d’un courroux féminin… En effet, la créature en noir, dignement assise sur le banc d’église, attendait le moment propice pour que soit donnée l’estocade. Et ce que femme veut, Dieu le veut.
    
    À hauteur des derniers rangs, une imperceptible agitation se fit : semblant vouloir quitter prématurément l’office, une jeune fille se faufilait parmi les fidèles, lesquels se levaient ou se repliaient sur eux-mêmes, pour la laisser passer. Mais au lieu de se diriger vers le portique, elle s’engagea d’un pas solennel sur l’allée centrale. Elle devait compter une quinzaine d’années, tout au plus. La voyant avancer dans sa direction, le prêtre, déconfit, la fixait le regard vide.
    
    Elle portait une longue jupe de soie gris perle, dont les pans se rejoignaient au moyen d’une boutonnière sagement fermée de la taille aux chevilles, un tee-shirt blanc, et une fine ...
    ... chaîne d’or autour du cou. Ses ballerines claires effleuraient si légèrement les dalles ancestrales, qu’elles semblaient ne pas même toucher le sol. Les yeux des fidèles, comme formant une procession immobile, suivaient sa marche lente et silencieuse. Et ce, non pas tant en raison de son incroyable beauté, de sa bouche à damner un saint, ou bien encore de sa gracieuse détermination. Mais en raison de son regard : des yeux vairons, dont les teintes semblaient avoir été brassées par les amours d’un loup et d’une panthère, et qui transperçaient impitoyablement le prêtre, comme le Supplicié l’avait été de clous.
    
    L’on entendait plus que le froissement de la jupe de soie qui progressait vers l’autel, escortée par l’attention tendue, et même suspendue, des fidèles, aux légères semelles de la jeune fille. Parvenue à proximité de l’autel, elle s’arrêta à quelques mètres de l’homme d’Église. Celui-là avait tant étréci qu’il semblait sur le point de se noyer dans la blancheur de son aube, devenue soudain trop grande. Après avoir plissé les yeux pour mieux le scruter, puis froncer ses sourcils d’un air inquisiteur, la jeune fille l’interpella d’une voix étonnamment chaude et grave pour son âge :
    
    — Alors, c’est toi qui as abandonné ma mère quand j’étais dans son ventre ?
    
    Un oh ! sourd et guttural, joliment porté par l’acoustique de la vieille église, résonna en un seul chœur. N’en tenant pas davantage compte que du prêtre médusé, la jeune fille au pas aérien entama le voyage à ...
«12...5678»