1. Les stigmates de la passion


    Datte: 15/06/2026, Catégories: nonéro, religion, vengeance, Auteur: rocknrollwolf, Source: Revebebe

    ... faits et gestes du prêtre, les paroissiens remarquèrent qu’il se métamorphosait peu à peu, semblant être, désormais, auréolé d’une dévotion presque surnaturelle. L’Homme d’Église, avec ses yeux mi-clos – comme s’il établissait une connexion intime avec le Ciel –, transpirait tout bonnement la Sainteté. La veuve, quant à elle, épiait ce manège de caméléon tout en exécutant au pied de la lettre le rituel. D’une voix forte et claire, l’homme récita le Credo. De temps à autre, il balayait le parterre du regard, et l’apparente défaite de la femme le galvanisait : la pécheresse ploie désormais sous mon joug !
    
    Solennellement, il présenta les offrandes, puis, changeant de registre, il incarna l’esprit de pauvreté le plus limpide qui soit, avant de s’incliner devant l’autel. Un enfant de chœur s’approcha de lui avec l’aiguière et le manuterge. Derrière la voilette, deux yeux en amande l’observèrent. Tu t’en laves les mains, hein… ? Il y eut ensuite des bruissements d’étoffes et de métal tout autour de la femme : l’on fouillait ses poches, ouvrait son porte-monnaie, se tournait vers son conjoint en tendant discrètement la main. Lorsqu’un vieil homme tenant une corbeille s’approcha de son rang, la veuve ouvrit son petit sac noir, et déposa un billet de Monopoly qu’elle escamota sous une pluie de menue monnaie.
    
    Enfin, l’on arrivait à la Communion. Il était temps. La veuve avait étouffé plusieurs bâillements et consultait de plus en plus souvent la montre dorée enserrant son ...
    ... poignet, tout en s’efforçant de dissimuler son impatience derrière un sourire las et dolent. Le prêtre, bras levés et paumes dirigées vers le plafond, entonna le Notre Père ; la veuve en soupira d’aise. La fin de l’office se profilait… Avec grâce, elle répondit à l’invitation des fidèles au Don de Paix. Et ce fut le moment qu’elle préféra : presser toutes les mains qui se tendaient chaleureusement à sa droite, à sa gauche, devant, derrière réchauffa son cœur glacé.
    
    Près du chœur, une musique retentit accompagnée par le chant de la religieuse au timbre cristallin. La femme ne regardait plus le prêtre, ne l’écoutait plus. Sans le vouloir, ni même le réaliser, elle s’était doucement embarquée à bord d’un navire qui voguait vers le passé. À l’époque où un prétendu professeur de philosophie, vivant avec son vieux père, retournait avec elle le mobilier des chambres d’hôtel…
    
    Elle les revoyait : deux êtres consumés par la passion, jamais rassasiés l’un de l’autre, faisant vibrer d’ondes infernales les minces parois des chambres… Leurs étreintes impatientes qui les laissaient essoufflés… Lui et elle s’endormant, sertis l’un dans l’autre, et se réveillant. Pour recommencer… L’aurore qui venait interrompre leurs brûlants corps-à-corps… Le petit-déjeuner matinal lors duquel la conversation, cette fois-ci, philosophique se poursuivait, jusqu’à ce que l’un d’eux ait regardé sa montre pour immédiatement se lever : « Je vais encore être en retard ! »…
    
    Presque trois années à se rejoindre ...
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