1. Les stigmates de la passion


    Datte: 15/06/2026, Catégories: nonéro, religion, vengeance, Auteur: rocknrollwolf, Source: Revebebe

    Elle posa sa main sur la vieille poignée de fer forgé, la fit pivoter, puis poussa lentement la porte. Le lourd vantail, après avoir glissé silencieusement, se referma avec fracas tandis qu’elle se précipitait derrière le premier pilier. Le bruit avait retenti dans tout l’édifice. Afin de marquer leur désapprobation, quelques têtes se retournèrent vers l’entrée, mais n’eurent pas la satisfaction de toiser le coupable, sans doute caché par la colonne abritant le bénitier…
    
    Le prêtre, quant à lui, rompu à la malséance de ses ouailles, fit comme si de rien n’était et salua l’assemblée en effectuant le signe de croix : « Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ». Il devait avoir une cinquantaine d’années, un peu plus peut-être. Sur le site de la paroisse, des photos prises quelques années plus tôt au Brésil le montraient en compagnie d’autochtones. Un bel homme, assurément. Et même si son visage s’était empâté depuis, l’ardeur de son regard mordoré ne s’était pas ternie.
    
    Après quelques mots d’accueil prononcés chaleureusement, le curé commença à réciter le Confiteor, mains jointes, regard bas de pénitent : « Je confesse à Dieu tout-puissant, je reconnais devant mes frères que j’ai péché, en pensée, en parole, par action… ». Il n’eut pas le temps d’achever sa phrase qu’un second bruit – plus irritant encore que le précédent – résonna dans toute la nef, ricochant d’un collatéral, l’autre. Cette fois-ci, la majorité de l’assistance se retourna pour découvrir une femme ...
    ... agenouillée à l’extrémité de l’allée.
    
    Celle-ci achevait de se signer avec dévotion d’une main, tout en essayant de récupérer de l’autre un petit objet à ses pieds. Elle n’était sans doute pas du quartier, car tous les paroissiens évitaient de fouler la plaque métallique sur laquelle elle se trouvait. Cette plaque rouillée et branlante qu’il aurait fallu remplacer, et sur laquelle un innocent trousseau de clefs était venu semer le trouble. L’inconnue était toute de noir vêtue : escarpins, bas, tailleur, jusqu’au petit chapeau à voilette, piqué dans une coiffure torsadée, ne laissant deviner que le bas du visage. Sa bouche, d’une beauté à damner un saint, était soulignée par un rouge profond et brillant qui venait apporter une touche sanglante à la silhouette sombre, sans pour autant la déparer de sa douleur. Et c’est bien cette douleur contenue, portée haut – mais pas trop –, qui avait torpillé les regards et les avait contraints à se détourner pudiquement. Comme par miracle.
    
    Le prêtre, offensé par ce second affront, était plus que jamais déterminé à ignorer l’importun : le regard obstinément rivé sur l’autel, il chassait de la main de petites poussières imaginaires qui seraient venues souiller le plateau de marbre blanc. Se raclant discrètement la gorge, il finit par s’approcher du micro : « Oui, j’ai vraiment péché. C’est pourquoi je supplie la Vierge Marie, les anges et tous les saints, et vous aussi, mes frères, de prier pour moi, le Seigneur notre Dieu. ». Prier pour ...
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