1. Crépuscule


    Datte: 02/06/2026, Catégories: #sciencefiction, #dystopie, fh, campagne, dispute, Auteur: Amateur de Blues, Source: Revebebe

    ... Madame Sorel dans mon bureau quelques heures plus tard. Elle était assise sur le fauteuil destiné aux interrogatoires avec les poignets menottés sur les accoudoirs. Elle avait fini de pleurer, mais son visage portait encore les marques de ce qu’elle venait de vivre et son regard exprimait une hébétude complète. Je la détachais aussitôt et allais me caler dans mon fauteuil, de l’autre côté du bureau. Je gardais le silence et examinais un document quelconque. C’est quelquefois plus productif de se taire et d’attendre plutôt que de poser tout de suite des questions. D’ailleurs, dans cette situation inédite, je n’avais pas de questions.
    
    — Vous n’avez pas le droit, finit-elle par dire d’une voix calme. Cette arrestation est tout à fait illégale, comme tout ce que vous faites. Un jour, vous le paierez.
    — Certainement, je n’en doute pas. Si je baisse ma garde et laisse les amis de votre mari revenir au pouvoir, je ne donne pas cher de ma peau. C’est pourquoi je me défends en les éliminant les uns après les autres. Quant à la légalité, vous pensez avec des codes obsolètes. Aujourd’hui, ce qui est légal est ce que je considère comme légal, moi ou mes supérieurs, dans le cas improbable où nous soyons en désaccord. Ce qui est d’ailleurs très possible dans votre cas particulier, car l’avis de mes supérieurs est que vous devriez être morte à l’heure qu’il est. Mais j’ai voulu que vous viviez et je ne sais pas encore pourquoi. Peut-être pouvez-vous m’aider à tirer cela au clair ...
    ... ?
    
    Et enfin seulement, je la regardais dans les yeux. Ils étaient immenses et clairs, brouillés par le malheur. Je n’y lus pas grand-chose, mais j’appris à cet instant ce que je voulais d’elle. Je voulais qu’elle m’aime. J’avais désespérément besoin qu’elle m’aime. Je retombais dans le silence et tentais de digérer cette sensation nouvelle.
    
    — Je devrais donc être reconnaissante d’être en vie. Mais à quoi bon vivre dans ce monde-là ? Dites-moi plutôt ce qui arrive à mon mari.
    — Votre mari est en vie, lui aussi. Malheureusement, son cas n’est pas aussi simple que le vôtre. Il s’est délibérément signalé à nos services. Il tient des conférences clandestines, il écrit dans des journaux interdits et il écrit des choses sur le pouvoir qui ne plaisent pas du tout au pouvoir. J’ai demandé à l’interroger, mais cela ne durera qu’un temps. Quand on a interrogé un homme qui est de toute évidence coupable, que peut-on en faire ? Officiellement, il a déjà disparu, vous comprenez. Votre maison a brûlé et nous ne savons rien de votre sort. Avez-vous fui à l’étranger ? Êtes-vous morts dans l’incendie, on ne sait pas. Mais mes supérieurs savent, eux, et ils me demandent de me débarrasser du professeur Sorel aussi vite que possible.
    — Pourquoi ? Pourquoi faites-vous cela ?
    — Faire quoi, Madame ?
    — Tuer les gens, les torturer.
    — Je ne sais pas. Peut-être que je dois gagner ma vie et que je ne sais rien faire d’autre.
    — Sauvez mon mari, monsieur, je vous en supplie ! Si… si vous… si vous ...
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