1. RETOUR A KIEV


    Datte: 27/05/2026, Catégories: En solitaire, Auteur: Miss_Sexcret, Source: Hds

    RETOUR A KIEV
    
    Kiev, fin février – L’appartement
    
    Kiev, sous la neige, est une carte postale fanée. Belle et sale à la fois. Des coupoles dorées émergent de la brume comme des promesses qu’on n’a jamais tenues. Dans le quartier de Podil, les rues pavées glissent sous les pas. Les façades décrépies conservent la trace d’un faste ancien, à peine dissimulée derrière les graffitis et les enseignes criardes des nouvelles boutiques. Les fils électriques pendent comme des lianes entre les immeubles, les tuyaux rouillés longent les murs, et les corbeaux croassent sur les cheminées.
    
    L’appartement de Mamina m’accueille comme un mausolée figé. Tout est resté à sa place : les napperons brodés posés avec minutie sur les accoudoirs du canapé, la lampe au pied bancal qu’elle refusait de jeter, les portraits jaunis qui nous regardent comme s’ils attendaient qu’on reprenne la conversation. L’odeur est toujours là — cire, naphtaline, thé noir et poussière d’un autre siècle. Même son lit, trop grand, trop vide, garde les plis d’un dernier sommeil. Elle n’est plus là. Mais elle est partout.
    
    Sasha m’attendait sur le palier. Seize ans. Déjà. Il a grandi trop vite, comme si le deuil l’avait étiré de l’intérieur. Un mètre quatre-vingts, déjà des épaules larges, le torse tendu sous un vieux sweat trop court. Le visage encore juvénile, mais les traits plus durs, marqués. Il a ce silence dans le regard, ce genre de silence qui vient quand on comprend trop tôt que personne ne viendra nous ...
    ... sauver.
    
    Il m’a serrée fort. Trop fort. Comme si j’étais une bouée, pas une sœur. Comme si mes bras pouvaient encore faire rempart contre tout.
    
    Je suis devenue sa mère ce jour-là. Sans le dire. Sans qu’il le demande. Il n’est plus un enfant. Pas encore un homme. Et moi… je suis censée être celle qui veille.
    
    Je cuisine. Je nettoie. Je m’accroche à une routine de survie. Le matin, je réveille Sasha, je prépare son petit-déjeuner, je le pousse à réviser. Ensuite, je descends travailler à l’épicerie du coin, rue Illinska — un commerce minuscule tenu par une femme aigrie mais gentille, au cœur caché sous les couches de sarcasmes. Le soir, après le dîner et les devoirs, j’enchaîne avec le nettoyage de bureaux. Heureusement, la société qui m’emploie ne m’envoie pas trop loin.
    
    Je suis épuisée. Mais cette ville, même si elle me broie parfois, je l’aime.
    
    Dans le froid, elle devient magique. Les réverbères allument une lueur dorée dans les congères, les tramways grincent comme des bêtes anciennes, les fenêtres s’illuminent une à une, laissant deviner des fragments d’intimité. C’est une ville qui garde ses secrets, une ville qui ne pardonne pas facilement, mais qui sait, parfois, vous serrer doucement contre son cœur gelé.
    
    Et moi, je suis là. À Kiev. Chez Mamina. Avec Sasha. Et cette étrange impression, certains soirs, dans le silence tiède de la cuisine : je suis une intruse dans ma propre vie.
    
    Cette routine dans laquelle nous nous sommes installés — ou plutôt enterrés — ...
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