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Le bruit incessant des machines
Datte: 10/05/2026, Catégories: #sciencefiction, amour, cérébral, odeurs, Auteur: calpurnia, Source: Revebebe
... d’une manière continue ; peut-être les ingénieurs de centre de contrôle l’ont-ils constaté depuis la Terre. Alors, Judith a compris à quel enfer de solitude elle s’est elle-même condamnée par son geste. Quand elle a pris conscience de l’existence d’Arthur une poignée d’années-lumière devant elle, légèrement plus lent, il est devenu son alter ego masculin, son unique espoir au milieu de l’immensité glacée. LaSubstance n’est pas sans effets secondaires : qui a dit que l’amortalité devrait être gratuite ? Elle ne l’est pas. Elle provoque des insomnies, des absences, voire des hallucinations. C’est pourquoi un jeûne est obligatoire avant toute sortie extravéhiculaire, tout manque de lucidité devenant excessivement dangereux. C’est également pour cette raison que Judith ne dort au mieux que deux à trois heures par plage de vingt-quatre. Elle a eu le temps de s’y habituer. Ces symptômes se sont aggravés depuis qu’elle est seule à bord. Quelquefois, elle sent des ombres glisser près d’elle, s’attarder furtivement quelques instants, s’intéresser à ce qu’elle fait, puis s’évaporer en un clin d’œil ; peut-être les âmes de ses compagnes qu’elle a tuées ? Elle perçoit intérieurement que ces présences étranges ne sont pas malveillantes. D’abord déstabilisée, elle a renoncé à les comprendre. À l’occasion, elle leur parle à voix haute, comme pour les retenir, les apprivoiser. Le bruit continu des machines, dont elle connaît exactement chaque fréquence vibratoire, la rassure. Le ...
... cœur énergétique duCrépuscule, un moteur thermonucléaire hautement fiable, ne s’arrête jamais. Judith allume l’écran du poste de communication, qui lui confirme l’absence de message d’Arthur pour aujourd’hui. Le décalage temporel vient de franchir à la baisse la barrière des neuf ans. À la célérité relative de l’Aube et duCrépuscule, il faudra encore cent soixante-deux ans avant de le rattraper, afin de pouvoir accoupler les deux vaisseaux, pour que les deux astronautes puissent unir leurs pulpes impatientes. Elle voudrait accélérer pour raccourcir ce délai, mais Athéna lui refuse cette consommation supplémentaire de carburant, car cela compromettrait la mission. Neuf ans donc, à la vitesse de la lumière, pour qu’une vidéo envoyée par lui atteigne la pupille de Judith, avec des photons décalés légèrement vers le bleu, parce qu’eux deux se rapprochent, chaque jour, imperceptiblement. Encore cent soixante-deux ans de désirs frustrés, à ne pouvoir se toucher que par des pixels animés chaque jour plus impudiques. Neuf ans de délai, mais rien ne les oblige à attendre la réponse pour transmettre un nouveau message, dont chacun parcourt l’espace entre deux autres, à la manière de vagues régulières à la surface de l’océan. Des voix, des images intimes, torrides, glissant à travers le silence de l’abîme. De fait, ils communiquent presque quotidiennement. Pourquoi Arthur n’a-t-il rien envoyé aujourd’hui, est-il malade, les rayonnements cosmiques ont-ils eu raison des pouvoirs ...