1. Le bruit incessant des machines


    Datte: 10/05/2026, Catégories: #sciencefiction, amour, cérébral, odeurs, Auteur: calpurnia, Source: Revebebe

    ... sentait plus digne de porter l’uniforme des astronautes : la nudité animale, en guise d’autopunition, comme les damnés du Jugement dernier de Dirk Bouts. Heureusement, Athéna ne lui a pas posé trop de questions en dehors du domaine utilitaire, puisqu’il revenait désormais à Judith seule d’entretenir leCrépuscule. Les machines chargées du recyclage ont continué leur bruit incessant, indifférentes à cette tragédie.
    
    Quelquefois, Judith se dit qu’elle se nourrit d’une molécule ayant appartenu au cœur de l’une, au cerveau de l’autre. C’est vrai, même ses propres cellules se renouvellent dans un flux permanent d’ingestion et de déjection, d’inspiration et d’expiration, de transpiration, de peaux mortes qu’elle élimine avant de les retrouver dans sa gamelle. La planète Terre fonctionne de la même manière, mais à bord de l’exiguCrépuscule, le cycle est beaucoup plus court et fragile. L’inévitable déperdition d’énergie à chaque étape, principes de la thermodynamique obligent, se trouve compensée par le générateur électrique basé sur la fusion de l’hydrogène. Judith sait qu’elle n’est qu’un organe aux fonctions vitales contrôlées par Athéna, parmi ceux, très nombreux, duCrépuscule. Biologiquement parlant, elle n’est plus ni moins vivante que ses compagnes. Seule demeure active la conscience de Judith, dans une continuité depuis sa naissance qui reste un mystère et même dans ce domaine, il lui semble avoir hérité de certaines des idées de ses sœurs de voyage pour s’être côtoyées si ...
    ... longtemps dans un espace réduit. Elle se surprend parfois à penser comme l’une d’elles, comme si, le temps d’une rêverie, elle devenait réellement cette personne. Comme il n’existe plus qu’un seul corps pour six, il faut que Judith assume cette responsabilité.
    
    Un jour, rongée par les remords, elle a voulu se suicider en se jetant dans le vide spatial sans scaphandre, ce qui lui aurait procuré quatre-vingt-dix secondes d’agonie avant de se fondre définitivement dans la nuit glacée1. Athéna a refusé d’ouvrir la porte du sas, obstinément. Même le mode manuel prévu pour les évacuations d’urgence s’est avéré inopérant. Judith a insisté en vain, puis a renoncé. Cela s’est produit non parce que la vie est sacrée, puisqu’elle a pu occire les cinq autres voyageuses sans rencontrer d’obstacle alors qu’Athéna aurait pu l’empêcher d’agir, mais parce que leCrépuscule a besoin de sa dernière astronaute et qu’il est doué, en tant qu’entité vivante programmée pour remplir sa mission, d’un instinct de conservation qui prévient l’apoptose de certaines cellules essentielles. Le mal, concrétisé par les cinq meurtres parmi l’équipage, reste toléré, car il ne compromet pas l’intégrité du vaisseau. Au contraire, cet événement a permis un relâchement d’entropie en excès à l’intérieur du corps métallique – trop d’états d’âme en superposition, trop de conflits, d’énergie gaspillée. Un observateur attentif situé à l’extérieur du vaisseau aurait pu mesurer une baisse du rayonnement infrarouge émis ...
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