1. Le bruit incessant des machines


    Datte: 10/05/2026, Catégories: #sciencefiction, amour, cérébral, odeurs, Auteur: calpurnia, Source: Revebebe

    Comme à chaque lever, Judith s’enquiert en premier lieu de savoir si un message d’Arthur lui est parvenu pendant son sommeil. Cette fois, elle a réussi à s’assoupir, immobilisée au moyen d’une ceinture accrochée au mur qui lui évite de valser au milieu de la chambre durant son sommeil, à cause de l’absence de gravité. Elle a dormi quatre heures d’affilée, ce qui n’est pas si fréquent. Son rêve s’efface doucement, mais les yeux mi-clos sur l’éclairage blanchâtre de sa cabine, elle essaie de le retenir encore une ou deux minutes de plus, car il était rempli de la sensualité masculine qu’elle poursuit inlassablement depuis… combien d’années ? Elle ne sait plus. Le temps n’a plus la même saveur que sur la Terre.
    
    Elle soupire, s’étire et finit par s’extraire de son lien nocturne, entièrement nue. Elle n’a pas besoin de s’habiller ; la température est régulée sur vingt-neuf degrés. Elle a oublié, comme beaucoup d’autres choses, la sensation du textile sur sa peau. Couvrir sa nudité pour ne pas choquer le regard d’autrui fait partie des réflexes qu’elle a perdus. Depuis combien d’années n’a-t-elle pas enfilé un vêtement, ne serait-ce qu’une petite culotte ? Pour le savoir, il lui suffirait de le demander à Athéna, l’ordinateur de bord qui la gronde souvent pour son manque de pudeur et aussi parce que son lieu de vie s’est progressivement recouvert d’épaisse couche de crasse, faute de ménage. Toutes sortes de détritus flottent autour d’elle dans chambre. Elle les contourne avec ...
    ... indifférence et pose sa question à haute voix. Cent vingt ans et quelques mois, oui. C’était l’époque où elles étaient six à bord duCrépuscule. À présent, elle est seule.
    
    Nonchalante, elle se dirige vers la cuisine en s’aidant des poignées lui permettant de se déplacer avec l’agilité d’un poisson dans son aquarium, avec de courtes pauses pour orienter son corps dans la bonne direction et de brusques accélérations à la force des bras, propulsée dans d’étroits tunnels aux parois de métal. Elle ne se sert pas de ses jambes, qui ont tellement maigri qu’elle ne pourrait plus marcher. Une fois parvenue à destination, elle appuie sur le bouton du distributeur qui remplit en quelques secondes une sorte de gourde aux parois molles et colorées. La seule nourriture dont elle dispose est infecte, mais elle contient laSubstance, son unique moyen de rester en vie sans vieillir. Une existence déployée comme un élastique tendu entre une naissance oubliée et une éternité inconnaissable. Peut-être les scientifiques ont-ils fini par en percer les mystères ?
    
    La planète Terre où elle a vu le jour se trouve à quarante-deux années-lumière derrière elle et même le puissant télescope de bord ne permet plus d’en distinguer le disque bleuté de celui, doré, du Soleil. À une telle distance, il faudrait mobiliser une énergie incroyable pour lui envoyer un message. Judith ignore tout ce qu’il s’est passé depuis environ deux cents ans. Elle avale rapidement son espèce de compote – l’aliment terrestre le ...
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