1. Le bruit incessant des machines


    Datte: 10/05/2026, Catégories: #sciencefiction, amour, cérébral, odeurs, Auteur: calpurnia, Source: Revebebe

    ... comment réagirait Arthur dans telle ou telle situation. Ils savent à l’avance comment ils s’uniront le jour de leurs noces, puisqu’ils se sont promis de s’épouser à la minute même où leurs vaisseaux se rejoindront. Judith a fini par se lasser des romans, des chansons et du cinéma. Elle passe le plus clair de son temps à se masturber en rêvant à lui. Elle sait qu’il en est de même pour Arthur. Elle imagine des giclées blanches du fluide mâle, brûlantes, à travers l’immensité glacée pour atteindre son visage.
    
    Elle a été mariée sur la Terre, où John, son époux, est très certainement mort, car les citoyens ordinaires n’ont pas droit à laSubstance. Seuls les puissants, les chefs d’État, les capitaines d’industrie peuvent y accéder. Ceci, à moins qu’une révolution n’ait changé cette règle depuis que Judith ne reçoit plus aucune nouvelle de sa planète natale. Ou bien que l’apocalypse nucléaire n’ait rayé la civilisation technologique, si orgueilleuse, mais si fragile, de la liste des organisations capables de manier la science. Il en est de même pour Arthur. Aucun des deux amants n’a eu d’enfant. Ils souhaitent procréer. Ils le feront sitôt réunis, dans cent soixante-deux années, trois mois, vingt-neuf jours, seize heures, trente-trois minutes exactement, ils se le sont promis. Ils craignent toutefois les effets d’une si longue attente, et aussi ceux de laSubstance, sur leur fécondité.
    
    Un compte à rebours s’affiche en chiffres écarlates sur l’écran au-dessus du lit de Judith, ...
    ... et aussi dans la cuisine. Ce jour-là, selon une procédure complexe qui n’a jamais été exécutée avant, les organes mécaniques d’accouplement relieront délicatement leCrépuscule à l’Aube dans une interpénétration de vérins d’acier et d’orifices usinés à cet effet, tout un ballet technologique qui ressemblera à une danse nuptiale. Athéna et Aphrodite, l’ordinateur de bord de l’Aube, à travers les connecteurs filaires désormais unis, mélangeront leurs zéros et un au cours d’un acte électroniquement saphique. Alors, Arthur et Judith se retrouveront dans le sas de l’un des deux vaisseaux et ne connaîtront plus de peine.
    
    Ils vivront ensemble pour une quasi-éternité. Si laSubstance le leur permet, ils iront explorer l’univers jusqu’aux confins inconnus. À moins qu’ils finissent par s’entretuer quelques siècles plus tard ? Elle chasse cette pensée récurrente de son esprit, elle ne veut pas y croire. L’amour qui les unit sera plus fort que la malédiction des étendues obscures qui les entourent.
    
    Judith retourne dans la machine. Il s’agit moins d’offrir des images excitantes à son promis que de reprendre contact avec ses coéquipières. Elle retrouve Paula. Dans son rêve, celle-ci lui sourit, la prend par la main et l’emmène dans les couloirs sombres où elle sait qu’elle endurera le pire. Judith est prête à supporter cette épreuve, presque comme si elle la subissait elle-même en direct. La première fois, les agresseurs étaient restés comme des ombres. Cette fois, ils sont nettement ...
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