1. Bleu


    Datte: 07/05/2026, Catégories: #poésie, #philosophie, #drame, #rencontre, #regret, #nostalgie, Auteur: Sorel, Source: Revebebe

    ... toucher comme on tourne l’argile ou bien le bois, comme on caresse le vent ou bien la pierre.
    
    Il aimait en elle la plénitude de son corps, si indécente, ainsi que l’intensité de son être. Elle aimait en lui sa présence brune, sa peau au goût de sous-bois, de montagne ou de rivière.
    
    Avec eux, même le plus cru, le plus licencieux ne fut jamais obscène. Des corps en partage, ils goûtèrent le voyage, ils trouvèrent l’ivresse.
    
    °°°
    
    Trois semaines avaient passé depuis leurs premières caresses. Il devait partir quelque temps. Ils s’étaient donné rendez-vous pour se dire au revoir, dans une alcôve parmi les dunes. Elle l’attendait assise, ses jambes nues et son visage baigné de lumière. Au loin, les vagues s’élevaient, retombaient puis se brisaient. Un parfum de marée flottait sur les grèves.
    
    Quand il la vit, en arrivant, il se dit qu’elle était fille du vent, de l’eau et de l’air. Il la trouva belle. Elle lui fit l’amour comme le ferait la mer. Son corps plein et vivant avait goût de miel.
    
    Ils restèrent longtemps au creux du silence, après, jouant avec le sable blanc qui s’écoulait entre leurs doigts.
    
    — Regarde les mots. Ils sont à la frontière. Là où tout est vrai, dit-elle.
    
    Elle lui prit la main qu’elle posa sur son sein et ajouta :
    
    — Le monde est une métaphore
    — Pour nous, il existera toujours quelques lieux qui n’en seront pas, répondit-il. Aussi loin qu’on aille, ils resteront eux-mêmes. Des mémoires de notre univers.
    
    Elle mordit son doigt pour y ...
    ... faire perler une goutte de sang, puis le porta à sa bouche.
    
    — Puisqu’il le faut… goûte-moi, puis cache-moi dans un souvenir
    
    Il embrassa, sur ses lèvres, la petite tache carmin. Le vent se renforça, il murmurait de houle sur leur peau, comme de l’écume. Un ciel d’éclair grondait au loin. Ses yeux à elle étaient plus d’eau que jamais.
    
    — Tout destin est une tragédie. Mais c’est ce qui nous rend libres. J’irai dans la forêt de nos cœurs.
    
    Il lui dit ses mots comme il la quittait. Il plut sur la mer toute la fin de l’après-midi. Une pluie d’orage sans retenue, tandis que le train les séparait.
    
    °°°
    
    Merci à Loaou pour son aide sur ce texte.
    
    Un mot à propos de la synesthésie.
    
    Dans la première scène, j’essaye de rendre une expérience de synesthésie. « Notre expérience directe de nous-même et du monde nous enseigne que nos sens ne sont pas séparés les uns des autres, et que les phénomènes du monde ne sont pas séparés de notre expérience. Expérimentons-nous le monde, ou est-ce le monde qui nous expérimente ? » est une citation de David Abram.
    
    La synesthésie désigne une particularité neurologique qui fait que certains individus associent deux ou plusieurs sens à partir d’un seul stimulus sensoriel. La synesthésie la plus répandue est celle des graphèmes-couleurs, dans laquelle des lettres ou des mots sont aussi perçus comme des couleurs. Rimbaud écrivait, dans un poème en un vers, « A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu ».
    
    Pour certains, dont David Abram, ...
«1...3456»