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Bleu
Datte: 07/05/2026, Catégories: #poésie, #philosophie, #drame, #rencontre, #regret, #nostalgie, Auteur: Sorel, Source: Revebebe
Il est des jours bleus comme une nostalgie. Depuis ce matin, elle ne peut s’en défaire, laissant ses pensées dériver et les horloges se taire. Il est des jours comme des nuits, se dit-elle tout en fermant le robinet de la douche. Des jours où rien ne peut y faire. C’est ainsi. Sur le vertige de son dos, ses cheveux mouillés dessinent des arabesques. Une goutte glisse le long de sa colonne et s’en vient mourir sur ses reins. Comme elle va pour se sécher, elle passe devant le miroir dont elle essuie la buée d’un geste de la main. Dans le reflet, sa nudité se déploie comme un sortilège. Un souvenir l’envahit, des mots lui reviennent. Ceux que lui disait son amant, avant. Avant qu’il ne meure. Il parlait de l’art d’écouter ce qui surgit. De synesthésie, aussi. Il disait, citant un philosophe dont elle a oublié le nom : « notre expérience directe de nous-même et du monde nous montre que nos sens ne sont pas séparés les uns des autres. Si tu y fais attention, tu le ressentiras. Par exemple, tu apprendras à te voir – vraiment – à travers tout ce qui te touche. L’air, des pensées, le soleil… » Alors, comme l’humidité chante sur sa peau, elle écoute l’eau tracer des sillages sur son corps. Chaque goutte, une par une. Celles qui explorent ses frissons, celles qui dessinent sa géographie intime. Il y a tant de gouttes et tant de souvenirs. Elle ferme les yeux et laisse ses sensations ouvrir en elle un autre regard. Dans le ciel de sa conscience émerge une impression ...
... fugace, qui lentement devient image de plus en plus nette : la virgule de son cou en suspend, le plein de son sein comme un élan, la longue parenthèse de son dos, le frisson de ses reins ou l’indécente rondeur de ses fesses. Elle tourne ce regard là où son corps est le plus sensible. D’abord la poitrine. Sur son téton elle perçoit comme une caresse. Il durcit, se tend. Des vagues de frissons y naissent, délicates. Elles effleurent sa peau, s’échouent sur ses grèves, progressent vers son ventre, vers le soleil de tous ses plaisirs aux effluves si indécents. Comme à chaque fois qu’elle se donne ainsi à ses perceptions, elle a la sensation de devenir autre. Un double astral ? Une esquisse floue ? Un être de vibration, habitant ses propres limbes ? Pourtant, aujourd’hui, l’expérience lui échappe. Quelque chose d’autre l’emmène plus loin. Elle rouvre les yeux. Une tache de lumière s’est posée sur sa gorge. Elle glisse vers son épaule, en épouse l’arrondi, revient, effleure l’autre épaule puis descend sur son sein. Lentement, elle en souligne le galbe, y trace des cercles. Cette caresse devient presque insoutenable. Trop de frissons. Presque une douleur. Plaisir et douleur, dangereux sortilège qui libère une puissante magie. Une déchirure. Du doigt, elle trace une ligne sur sa nudité pour diriger la tache vers d’autres secrets. Pour l’inviter. Elle s’enroule autour de sa cuisse comme un serpent, comme une libellule. Un papillon ? À tant ressentir, tout son corps devient ...