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Bleu
Datte: 07/05/2026, Catégories: #poésie, #philosophie, #drame, #rencontre, #regret, #nostalgie, Auteur: Sorel, Source: Revebebe
... en effleurant ma joue de tes lèvres. Si tu m’avais déshabillé d’un mot, si tu m’avais exploré de ton regard de photographe, si sûre de toi, au moment de me dire au revoir tu es redevenue cette délicatesse qui hésite presque. Je ressentis cet élan que tu retenais, car ce qui se joue entre deux êtres est précieux. La plus intense des intimités sait le prix de ne rien brusquer. Bien sûr, ils se revirent. Et se revirent encore, les grèves devinrent leur jardin et la mer de velours sur leurs pas qui se referment. Ils parlaient d’art, de poésie. Elle lui proposa de poser pour lui. Mais cette fois, il n’y avait rien de mutin en elle, aucun sous-entendu. Elle lui proposa de le faire pour l’aider, pour créer avec lui. Pour se découvrir elle-même, aussi. Ses premiers instants de modèle furent hésitants. Cette douce fragilité le fascina, car on ne pouvait la résumer à ça – elle était bien plus que cela, bien plus complexe, habitant avec génie tous les contraires. En même temps, cette fragilité la rendait plus vraie et encore plus humaine. Lui, jusque là, n’avait photographié que des paysages de mer. Ce fut pourtant une autre photo qui scella leur histoire. Dans la demi-clarté d’une lanterne chinoise, il avait écrit sur son corps à elle un long texte, traçant à l’encre, avec beaucoup d’attention, des mots sur la peau nue. La pénombre le forçait à s’en approcher au plus près, à en contempler chaque détail, à en ressentir les parfums. Son corps de femme, cette œuvre de ...
... courbes et de beauté, devenait le support d’une œuvre à venir. La lumière en soulignait les pleins et les déliés qui répondaient à ceux de la calligraphie. Ils avaient passé plus d’une heure ainsi. Il suivait le chemin du pinceau, découvrais chacun de ses grains de beauté, la texture de sa peau, les poils frisés de ton pubis. Le silence en suspens les enveloppait. Sur la photo, assise sur une table, une jambe repliée sous elle, elle ouvre un kimono de soie noire sur sa nudité comme un parchemin, ombre parmi les ombres dans le clair-obscur de la lanterne. Après qu’il ait pris la photo, elle s’était approchée et lui avait murmuré combien ce pinceau sur sa peau l’avait troublée. J’ai senti tes seins nus effleurer ma poitrine. Tu avais la bouche si près de mon oreille. Leur premier baiser fut hésitant. Le second plus intense, comme s’ils voulaient exorciser une éternité d’attente. Le troisième fut une véritable poésie. °°° De leurs corps, ils savaient l’image, celle que donne la lumière. Ils en apprirent les élans, la matière, la présence. Les ombres et mêmes aussi, parfois, les ténèbres. Elle avait le plaisir bleu, comme un O, et les mots impudiques. Ses hanches ondulaient comme des lames, griffant les rêves et déchirant les certitudes. Des soupirs tout en rondeur venaient s’échouer sur ses lèvres, au creux de ses reins vivait l’âme de la mer. Il avait le regard intense, qui enlace, et des orgasmes comme des tremblements de terre. Ses mains savaient ...