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Bleu
Datte: 07/05/2026, Catégories: #poésie, #philosophie, #drame, #rencontre, #regret, #nostalgie, Auteur: Sorel, Source: Revebebe
... houle qui ondule, entre lumière et profondeur, plein de ses effluves marins. Elle doit se tenir au rebord du lavabo pour ne pas tomber, pour se laisser partir, car plus rien ne la retient, car elle n’est plus que beauté qui tourne, qui se cambre et se tend, car le monde n’est plus qu’une immense caresse qui la remue et la bouleverse. Elle devient pleinement chair. De son ventre des ondes de plaisir pulsent jusqu’à ses pieds ou sa nuque. Elles l’envahissent, vont et viennent, tourbillonnent et la font quitter terre. Elle se penche en avant, son corps tressaille. Sa bouche s’ouvre, mais ne peut plus aspirer d’air. Elle se recroqueville, femme en fusion au bord du monde. Elle se sent à la fois immense et belle. Elle devient le début et la fin du temps, dans son ventre naît l’univers. Elle a envie de crier, mais aucun son ne sort, alors ce cri envahit sa toute sa chair. Mille rayons lumineux, mille couleurs fragmentent son cerveau tandis que le monde se courbe, s’enroulent autour de son ventre, autour de sa pulsion de vie qui la fait partir irrésistiblement. L’instant se suspend dans un sublime paroxysme. Passe la vague qui l’a submergée. Le monde lentement se recrée autour d’elle. Son corps se souvient tandis qu’une nouvelle sensation naît et l’envahit : une délicate torpeur, une douce chaleur, un fragment d’éternité. Accroupie sur le tapis de la salle de bain, elle laisse refluer la marée de son plaisir. Elle ne s’est même pas touchée. Est-ce l’univers qui l’a ...
... prise, qui lui fait l’amour, qui l’a fait jouir ? °°° Ils s’étaient rencontrés un jour d’automne. Le sable, la mer et le ciel portaient le même reflet, une variation de crèmes aux nuances de vert. Un jour d’infinie mélancolie, quand, de leurs fenêtres aveugles les villas regardent passer, sur des horizons incertains, des voiles solitaires. La marrée basse laissait sur la plage une fine pellicule d’eau qui reflétait les nuages. Plus haut, mille ruisseaux coulaient sur le sable, dessinant des arabesques comme des cheveux sur un dos nu. Il arpentait les grèves avec son appareil photo, pour tenter de capter, au delà de l’instant, le don de l’univers – la poésie cachée dans la lumière. Comme il contemplait la mer, il vit une femme qui marchait à la lisière des vagues. Ses jambes nues se reflétaient sur le miroir de la plage, dessinant dans la fine pellicule d’eau une seconde silhouette, inversée et incertaine. Sur son gilet, des fleurs rouges et violettes coloraient de taches lumineuses l’harmonie triste de la journée. Elle regardait les lointains, seule avec les vagues. Il captura la scène qu’il retravailla le soir, sur son ordinateur, pour en faire surgir la rémanence. Dans la photo, elle apparaît si petite, seule présence dans l’immensité blanche d’un rêve. Toi, ton gilet et l’élan tout en galbe de tes jambes. Une esquisse, un instant en suspend, une beauté qui dialogue avec celle de la mer. Le lendemain, il retourna arpenter la plage, en suivant les mêmes ...