1. L'été de mes vingt ans


    Datte: 02/05/2026, Catégories: #journal, fh, grosseins, vacances, plage, campagne, humilié(e), Auteur: Amateur de Blues, Source: Revebebe

    J’enrage. C’est l’été de mes vingt ans, le meilleur âge de la vie et je le passe ici, dans ce village où personne n’a jamais passé ses vacances. Je n’ai pas eu le choix, je dois m’occuper de Tonton Gérard, quatre-vingt-deux ans. La dame de compagnie de Tonton est en vacances et il faut bien que quelqu’un prépare ses repas et fasse son ménage. Et ce quelqu’un, la famille a décidé que ce devait être moi. Car Tonton Gérard a du bien et je serai son héritière, une sordide histoire d’argent qui me condamne au pire été de ma jeune vie. Je suis allée au village ce matin et il n’y a vraiment rien à faire, pas de café sympa, pas de piscine, pas de bibliothèque, pas de boîte de nuit. Je n’ai croisé que des anciens et deux jeunes boutonneux très laids qui réparaient un scooter contre le mur de l’église. Aussi, j’ai décidé de tenir un journal de cet été mortel, pour m’occuper d’abord et plus tard, au cas où j’oublierais, pour me souvenir qu’on m’a injustement privée de ma jeunesse.
    
    Tonton vit au rez-de-chaussée et je passe mes journées au premier étage. Je suis une gentille fille et je fais tout ce qu’il me demande, mais il se contente de peu et je suis très libre de mon temps. Beaucoup trop libre d’ailleurs, puisque je n’ai strictement aucune activité. Je passe mon temps, allongée sur mon lit à regarder mon téléphone dans l’espoir qu’un message vienne rompre l’ennui, ce qui n’arrive guère. Tonton Gérard a une grande maison et, le premier jour, j’ai visité mon domaine, quatre ...
    ... chambres meublées à l’ancienne. J’en ai choisi une pour en faire mon repaire et j’ai vite étalé mes culottes sales et des magazines idiots un peu partout pour avoir l’impression d’être chez moi. Ensuite, j’ai écouté le silence et je suis morte d’ennui. Depuis, tous les jours sont semblables. Le matin, je fais des courses au village, je passe l’aspirateur et je lave la lessive du tonton. Nous buvons un café en parlant des nouvelles locales. Je prépare le repas et monte ensuite dans ma suite pendant que le vieil homme fait la sieste. À partir de ce moment, ma vie s’arrête jusqu’au lendemain.
    
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    J’ai vécu une curieuse expérience hier après-midi. Il y avait dans une des chambres de l’étage une malle à laquelle je n’avais pas fait attention lors de ma première visite. Je l’ai ouverte hier et elle est remplie de vieux livres, pour la plupart sans intérêt, vie de saints, livres d’histoire, recueils de psaumes. Mais il y avait sur le dessus un livre relié de cuir rouge qui attirait immédiatement le regard. C’était un bel objet et le titre : « Chienne » était assez inhabituel. Je me suis allongée sur le lit et j’ai commencé à lire. Dès les premières pages, on apprend que la jeune femme dont on raconte l’histoire a vingt ans et qu’elle porte mon prénom : Marie. Bien que ce soit une jeune paysanne d’il y a très longtemps, je me suis aussitôt identifiée à elle et j’ai dévoré le livre, n’arrivant pas à le quitter avant d’en arriver à la dernière page. Quand j’ai relevé le nez, il faisait ...
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