1. Le Banc d’État (La Vérité Assise)


    Datte: 29/04/2026, Catégories: #exercice, #délire, #société, #nonérotique, #utopie, #confession, Auteur: L'artiste, Source: Revebebe

    ... de le déplacer : il se coince le doigt. Un autre le démonte… et entend une phrase soufflée, en latin ancien : « Sede, ergo sum. »1 Ils repartent, tremblants, et font un rapport :
    
    Mais ce n’est pas fini.
    
    Dans la rue, certains bancs disparaissent. Démontés en pleine nuit. Brûlés. Jetés dans la Seine. Des pancartes apparaissent à leur place :
    
    « Ce banc a été censuré. Merci de continuer à mentir. »
    
    Le peuple réagit. Pas par la violence, par la réplication.
    
    Des plans de bancs circulent sur Telegram. Des kits sont vendus sur Etsy. Une chaîne YouTube « Do It Yourself Ton Banc de Vérité » atteint 400k abonnés en deux semaines.
    
    Pendant ce temps, dans un garage de Créteil, un homme seul, lunettes sales, sueur douce sur le front, finalise sa création. Il l’envoie à l’Élysée ; et une nouvelle rumeur circule :
    
    « Quelqu’un essaye de créer un banc… inverse. Un Banc du Mensonge. Un siège où les gens ne peuvent dire que ce qu’ils ont appris à répéter. Un banc moisi. Bureaucrate. Télévisuel. Un banc qui bave des bulletins et rote du discours. On l’appelle : le Contrebanc. »
    
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    Interlude clandestin – Les bancs ne dorment jamais
    
    Nuit noire, 2 h 11. Un entrepôt désaffecté dans la banlieue sud. Tagué, taguant, suintant d’anciens rêves de colis Amazon et de syndicats morts-nés.
    
    Au centre de l’espace, un banc. Pas officiel. Pas sanctifié. Bricolé en urgence, avec les lattes d’un arrêt de bus, une planche de surf, et un pied de table IKEA qu’on ...
    ... n’a pas eu le cœur de visser droit.
    
    Ils sont deux. Zohra et Malik. Activistes du collectif « Assieds-toi et pleure ». Ils installent leur création au milieu des caisses vides, comme on dresse un autel païen.
    
    Zohra a les mains pleines d’échardes. Malik a les lèvres sèches d’attente.
    
    — Tu crois qu’il va marcher, ton banc ?
    — Bien sûr, Malik. Il a été construit avec le cœur. Il connaît le goût du vrai.
    
    Ils s’asseyent enfin. Pas pour tester. Pour voir s’ils sont prêts à se dire ce qu’ils n’ont jamais su murmurer à voix haute.
    
    Zohra commence :
    
    — J’ai aimé un homme. Il m’a jamais touchée. Il m’a écoutée. Juste écoutée. Maintenant, chaque fois qu’on m’écoute trop… je mouille. Et j’ai honte.
    
    Malik ne parle pas. Il s’avance et pose sa main sur celle de Zohra :
    
    — Moi, j’ai honte de rien avec toi. Et c’est flippant, parce que j’ai jamais été entier devant personne.
    
    Elle le regarde. Le banc grince. Un son moelleux. Complice.
    
    Ils s’embrassent. Pas comme dans les séries. Pas avec la langue d’abord. Avec le souffle. Un baiser qui dit : « merci de m’avoir assis là ». Puis, ils rient. Puis, ils pleurent. Puis ils restent. Sans besoin de plus. Sans besoin de moins.
    
    Le lendemain, quelqu’un retrouvera ce banc. Dessus, gravé avec un couteau rouillé, on lira :
    
    « On s’est confié ce qu’on n’osait même pas penser. Merci, vieux bout de bois. »
    
    Il a été assemblé dans un bunker ministériel classé « Lieu sensible à potentielle hystérisation démocratique ». Pas de ...
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