1. Le Banc d’État (La Vérité Assise)


    Datte: 29/04/2026, Catégories: #exercice, #délire, #société, #nonérotique, #utopie, #confession, Auteur: L'artiste, Source: Revebebe

    ... langue de bois. On n’est plus dans une République. On est dans une démocratie par les fesses. Enfin, le Parlement bande un peu. Proprement. Avec dignité. Et du moelleux sous le cul.
    
    Et c’est là qu’arrive le député du Tarn, 68 ans, élu depuis l’époque où le Minitel prenait encore son pied. Il marche lentement. Cravate de travers, visage de statue napolitaine, il s’assoit et dit :
    
    — J’ai rédigé la réforme des retraites. Ce n’est pas moi qu’on doit remercier ou maudire. C’est une intelligence artificielle. Une IA développée par un think tank privé. On nous a donné des lignes à lire, on a voté un algorithme, et on n’a jamais osé le dire.
    
    Pas un souffle. Juste une mouette, dehors, qui a la décence de crier.
    
    Puis il ajoute :
    
    — Depuis, je me suis tu. J’ai attendu le banc. Je savais qu’il viendrait. Il vient toujours, quand la vérité a des hémorroïdes.
    
    Puis il se lève lentement, et sort. Même le Président, en loge VIP, a les lèvres tremblantes.
    
    L’ambiance change. Fini les aveux tendres. On est entré dans la zone des vérités structurelles. Les confessions qu’on n’a même pas le droit de fantasmer.
    
    Pendant ce temps, à la buvette, un fonctionnaire junior, écouteurs aux oreilles, envoie un message à sa mère :
    
    Il a suffi d’une nuit.
    
    Entre deux bulletins météo apocalyptiques et un match de Ligue 2, quelqu’un a construit une réplique du banc. En bois de récup, avec des accoudoirs en cintres et un coussin volé dans un Flixbus.
    
    Au marqueur, il a écrit :
    
    « ...
    ... BANC CITOYEN – Pose ton cul, vide ton cœur. »
    
    Et il l’a posé là. En bas de Belleville. Au lever du jour, une aide-soignante en pause clope l’a essayé. Juste pour voir.
    
    — J’ai voulu balancer un patient contre un mur. Pas pour le mal. Pour que quelqu’un me demande si ça va, à moi. Mais rien. Alors j’ai souri. Et j’ai nettoyé son vomi. Comme d’habitude.
    
    Puis un mec en costard, portable greffé à la paume.
    
    — J’ai jamais dit « je t’aime » sans avoir la voix qui tremble. Je crois que j’ai toujours aimé… mal. Même mes enfants, parfois, je les regarde et je me dis « faut pas qu’ils deviennent moi ».
    
    En deux jours, des copies fleurissent partout. Lyon, Toulouse, Dunkerque, Ajaccio, Montreuil. Des bancs de quartier, de bancs de l’âme, de rupture douce. Et des gens s’assoient. Des confessions fusent. Intimes. Glorieuses. Tragiques. Dégueulasses. Sublimes.
    
    « Je rêve qu’on m’aime comme si j’étais une vieille couette. Un peu honteusement, mais sans jamais vouloir la jeter. »
    
    *
    
    « J’ai simulé une amitié pendant douze ans. Elle me bouffait. Mais elle m’écoutait. Alors j’ai fait semblant d’exister. »
    
    Une fille de 16 ans se filme, assise sur un banc de skatepark.
    
    — Je veux juste pouvoir dire que j’ai envie. D’un câlin. D’une baise. D’un burger. De tout. Sans qu’on me colle une étiquette.
    
    La vidéo explose sur TikTok. 3 millions de vues.
    
    Un journaliste de BFM dit : « La société est en train de s’asseoir sur elle-même. »
    
    Le Figaro titre : « Quand les jeunes ...
«1...345...9»