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Le Banc d’État (La Vérité Assise)
Datte: 29/04/2026, Catégories: #exercice, #délire, #société, #nonérotique, #utopie, #confession, Auteur: L'artiste, Source: Revebebe
... Et la température monte. Certains s’inquiètent. Des experts en sciences sociales convoquent une conférence Zoom d’urgence. Leur conclusion : Libé publie une tribune collective signée par 23 philosophes, 4 chroniqueurs culturels et un ancien directeur de conservatoire sexuel expérimental : Le Figaro répond le lendemain : Dans la rue, on voit des couples se tenir la main, s’arrêter devant un banc, s’asseoir… puis ne rien dire. Mais leurs visages changent. Comme si, rien qu’en s’approchant du concept, ils s’étaient sentis plus vrais. Plus tendres. Un peu sales, mais propres de l’intérieur. Un gamin a même dit à sa mère : — Maman, je peux m’asseoir dessus et dire que j’aimerais être magicien ? — T’es pas obligé, chéri. Mais si tu veux… on t’écoute. Le jour où le banc entre à l’Assemblée nationale, c’est l’émeute en col blanc. Un huissier l’a posé lui-même sous la verrière, entre la statue de la Loi et la machine à café, et a juste dit, la gorge sèche : — Consigne présidentielle. « Fessier sur le siège, franchise dans la bouche. » Dès le matin, ça transpire sous les vestes de costume. Certains députés tournent autour de ce meuble incongru comme des collégiens autour d’un préservatif pédagogique. Une élue Renaissance demande s’il est désinfecté. Un vieux baron Les Républicains sort un flacon de gel hydroalcoolique et murmure : — Je ne m’assois pas sur une incantation socialiste. Même magique. Et pourtant… à 10 h 12, ça craque. Une députée du ...
... Finistère – connue pour ses discours austères, sa passion pour les bocages et son look « Conseil municipal de 2002 » – s’installe. Elle croise les jambes et dit, d’une voix paisible : — Je fantasme sur les gendarmes en patrouille lente. Quand ils prennent leur temps. Quand ils allument le gyrophare juste pour le style. Et j’ai déjà rêvé que l’un d’eux me disait « contrôle de tes émotions, madame » en me tenant le menton. Silence total. Puis un député insoumis glousse. Puis un autre s’assoit à son tour, et là, ça dérape. — J’ai simulé une maîtrise du Code du Travail pendant 15 ans. Mon vrai domaine d’expertise, c’est les origamis et les vins suisses. Et chaque aveu semble décrisper quelque chose. Pas juste des tensions sexuelles. Des douleurs civiques. Des loyautés trahies. Des rêves trop anciens. Des colères trop vieilles. À 13 h 47, le président de l’Assemblée s’approche. Il tremble légèrement en posant ses clavicules du bas. — J’ai… dormi ici. Souvent. Parce qu’à la maison, c’est trop vide. Il fond en larmes. Personne ne l’interrompt. Un député centriste tente bien de se soustraire au règlement… mais le banc l’appelle. Un frémissement du coussin. Un souffle, presque un murmure. — Je fais semblant de ne pas croire aux esprits. Mais chaque fois que je m’assois ici… j’ai l’impression que Jaurès me masse les épaules. Sans prévenir, l’hémicycle devient un théâtre de la parole nue. Pas une orgie, pas un scandale, une évaporation collective de la ...