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La comtesse de Beauchamp
Datte: 25/04/2026, Catégories: #drame, #historique, #aventure, contrainte, Auteur: Stiletto, Source: Revebebe
... de son épouse. Adélaïde en est certaine. Mais c’est sans compter sur le caractère veule de ce dernier : — Bien, je vous laisse régler cette affaire, très chère. Le devoir m’attend. « Le devoir ? » Quel devoir ? se dit Joséphine, une réunion ennuyeuse à l’assemblée, ou… les bras d’une maîtresse ? La comtesse de Beauchamp observe son époux quitter la maison, en lui laissant, encore une fois, le soin difficile de trouver une solution. Elle en a l’habitude, et réfléchit promptement à la situation : le baron d’Harcourt est un homme âgé, chauve et bedonnant, et elle comprend parfaitement la répugnance de sa fille à l’épouser. Cependant, elle n’a pas le choix. Ils sont au bord de la faillite, et le rôle d’une fille est d’obéir à son père, comme celui d’une épouse est d’épauler son mari en toutes circonstances. Et dans les situations difficiles, l’une comme l’autre doit savoir se sacrifier. Joséphine soupire. Son époux a raison, se dit-elle, l’éducation de sa fille est un échec total. Pourtant, elle partait d’un bon sentiment, celui de faire d’Adélaïde une jeune femme épanouie, cultivée, indépendante… Mais sa mère a oublié une chose primordiale : le monde dans lequel elles évoluent est dirigé par les hommes ; une femme libre n’y a pas sa place ! Si encore Adélaïde disposait d’une certaine fortune, elle pourrait s’en faire une, l’argent permet en effet d’acheter sa liberté, mais l’incurie de son père l’en a privé ! Joséphine s’en veut, en voulant le bien de ...
... sa fille, elle a en fait construit son malheur. Au lieu de laisser se développer chez elle des idées contestataires, elle aurait mieux fait de lui apprendre à être une épouse dévouée, comme toutes les demoiselles de son âge. La comtesse sait qu’il va maintenant falloir briser la résistance d’Adélaïde pour la ramener à la raison, mais comment faire ? Elle n’aura jamais la force de dompter seule ce cheval fougueux qui lui ressemble tant ; il lui faut de l’aide. Elle ferme les yeux et se met à réfléchir. Peu à peu, une idée germe dans son esprit, mais elle la rejette aussitôt : « non, tout, mais pas ça ! » se dit-elle. Elle replonge dans ses réflexions, analyse la situation sous tous les angles, aborde le moindre aspect, ne néglige aucun détail, étudie toutes les hypothèses… Pourtant, malgré tous ses efforts, elle ne parvient pas à trouver une solution viable. Alors, peu à peu, tel un champignon vénéneux en automne, son idée de départ refait surface. Et d’un simple germe, elle devient bientôt une plante vigoureuse qui occupe tout son esprit. Joséphine essaie de la chasser à maintes reprises, bien sûr, comment une mère pourrait-elle faire cela à la chair de sa chair ? Mais elle est bien obligée de se rendre à l’évidence. Oui, c’est la solution. La seule ! La mort dans l’âme, la comtesse s’empare du cordon à l’entrée de la pièce, et le secoue avec vigueur. Quelques secondes plus tard, comme par magie, une jeune servante essoufflée fait son apparition. — Madame ...