1. L'ivresse des cimes, une dernière fois


    Datte: 21/04/2026, Catégories: #tutu, fh, extracon, dispute, Auteur: Amateur de Blues, Source: Revebebe

    Lorsque le soleil émerge dans mon dos, s’envolant majestueusement au-dessus des sommets de l’Est, je suis déjà haut dans la forêt de mélèzes, m’arrachant pas à pas à la neige dans une sente assez raide. Avec la lumière reviennent la beauté du monde et le chant des mésanges. Je sais à cet instant pourquoi je suis là alors que je doutais l’instant d’avant de cette folie qui m’avait pris pendant la nuit.
    
    Plus tard, arrivant à un premier replat, un grand pré de neige au-dessus des arbres, je m’assois sur un rocher pour boire un peu d’eau et me reposer. La vue d’ici est splendide. La chaîne face à moi est une des plus belles du monde et je vois aussi le village, tapi dans la vallée, encore dans l’ombre. Je peux suivre des yeux le chemin qui va de chez moi à chez toi, ces quelques dizaines de mètres qui nous séparent nuit après nuit et qui abîment mon sommeil. Tu dois dormir encore et je ne sais pas de qui tu rêves. Mes yeux s’égarent et je fixe un moment le paysage sans le voir. Notre conversation repasse en boucle dans ma tête et c’est épouvantablement douloureux.
    
    Je dois me secouer pour repartir. Il est encore tôt et pourtant je suis en retard sur mes objectifs. Il va faire chaud aujourd’hui, même en altitude, et je dois être redescendu avant midi. Je traverse maintenant les alpages qui montent en pente douce vers mon objectif, m’enfonçant dans la poudreuse. Je commence à ressentir alors les premiers signes de ma nuit d’insomnie. Je me revois devant ma fenêtre, à ...
    ... regarder la pleine lune éclairer les montagnes froides et à te parler encore, bien que je sois aussi seul qu’on peut l’être, cherchant les arguments que je n’avais pas développés avec toi. Mais il n’y en a pas. Tout a été dit et au bout d’un moment, c’est là que j’ai décidé de m’attaquer au Pic du Jardinier, le seul sommet de la vallée que je n’ai pas encore gravi en hivernale.
    
    Lors de la pause suivante, je sors mes jumelles pour regarder le village. Je ne sais pas ce que je cherche, je connais par cœur cette vallée où je vis depuis vingt ans, peut-être est-ce toi que je voudrais voir, marchant dans les rues à ma recherche, qui sait ? Je vois bien l’agence où nous travaillons tous les deux et me revient bien sûr en mémoire la première fois où je suis entré dans ton bureau pour te dire que je t’aimais. Je connais par cœur les phrases que j’ai prononcées ce jour-là et je sais aussi tes réponses.
    
    — Bonjour, Antoine, ça va ?
    — Ça va, ça va. Je peux m’asseoir ?
    — Bien sûr. Bientôt les vacances, hein ?
    — Justement, comme on ne va pas se voir, il faut que je te dise un truc.
    — Un truc ?
    — Je demande ma mut, en fait. Pour descendre à Gap.
    — Ça ne va pas la tête ? Tu n’es pas bien, ici ?
    — Si, justement, Anne. Je… Je suis tombé amoureux de toi, et te voir tous les jours, si… enfin si tout quoi, belle, sympa, intelligente, drôle, c’est devenu un enfer. Donc il vaut mieux que je parte.
    — Oh Antoine… Moi aussi, je suis bien avec toi. Mais je suis mariée, tu sais. Et les histoires ...
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