1. Le chant des cœurs


    Datte: 13/04/2026, Catégories: #article, #réflexion, #psychologie, #société, Auteur: Maryse, Source: Revebebe

    ... lentement, s’approche.
    
    — Tu veux danser ?
    
    Elle le regarde, surprise. Il sourit.
    
    — C’est la fête de la musique, non ? Et puis, tu sembles t’ennuyer. Je n’ai pas grand-chose à offrir… sauf mon temps. Qu’en dis-tu ?
    
    Lucie hésite. Puis hoche la tête.
    
    Un pas. Puis un autre. Deux silhouettes, d’abord maladroites, qui s’accordent doucement.
    
    Et le monde, l’espace d’un instant, recommence à tourner.
    
    Le vieil homme esquisse une pirouette, riant comme un enfant. Lucie suit, le cœur soudain plus léger.
    
    Elle danse. Pour de bon.
    
    Leur joie partagée s’élève, se répand dans l’air. Passerelle invisible entre deux mondes différents. Et quelque part, sans qu’ils en aient vraiment conscience, un nouvel espoir s’éveille…
    
    Port-au-Prince, au même moment
    
    À l’autre bout du monde, dans la poussière rouge, Limyè se redresse d’un bond. Son cœur bat plus fort. Elle ne sait pas pourquoi.
    
    Une vibration. Une image. Peut-être une hallucination. Deux silhouettes dansantes, comme une vision projetée au fond d’elle. Une invitation à les rejoindre.
    
    Elle enfile sa robe qu’elle n’a pas lavée, puis, de ses mains calleuses, la lisse méticuleusement contre son corps. Ses bras se lèvent. Elle hésite. Puis s’élance. Oubliant tout, elle se met à danser, pieds nus sur la latérite dure, couleur sang.
    
    Un tour. Puis un second. Elle tourbillonne encore, encore, jusqu’à perdre haleine.
    
    Entre les carcasses, les tôles, les éclats de peur, elle tisse des spirales de lumière.
    
    Et ...
    ... le bidonville la regarde – d’abord interloqué, puis conquis. Les regards les plus durs s’adoucissent. Les armes se baissent. Un rire jaillit. Le sien, peut-être. Ou celui d’un autre… Qu’importe : c’est le premier depuis des semaines.
    
    Le vent l’amplifie. Et le transporte précieusement.
    
    Gaza, dans le même élan
    
    Un nuage frêle, éthéré, dérive au-dessus des ruines. Nuri le fixe machinalement. Tristement.
    
    Sa forme… on dirait… une jupe qui tourne… une danseuse.
    
    Son cœur bondit. Il ne sait pas pourquoi. Il attrape son violon, l’ajuste sous son menton.
    
    Un instant… Une première note, tremblante. Puis une autre. Il s’enhardit. Ses doigts courent sur les cordes. Son archet vibre de musique.
    
    Et bientôt, un doux halo naît, s’intensifie, l’exhorte à continuer, lui insufflant une énergie neuve, une inspiration renouvelée.
    
    Il joue pour le nuage – et à travers lui, pour tous les abandonnés, privés de musique. Pour ceux qui n’osent plus danser.
    
    Ce n’est plus une fuite. Ni un refuge qu’il cherche… Juste sa façon d’illuminer le monde, avec le peu qu’il a.
    
    Un souffle, frêle, venu de loin, enfle doucement. Il emporte la fragile symphonie avec une tendre délicatesse.
    
    Hpa-An, quelques instants plus tard
    
    Aalinn s’éloigne, le dos courbé, le cœur plombé. Sonné par l’atrocité qu’il vient de découvrir. Il ne ressent plus rien. Rien qu’un gouffre béant. Pas même la brise légère qui lui sèche les yeux.
    
    Elle l’effleure pourtant, par à-coups, comme pour le tirer de sa ...
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