1. Aile contre aile


    Datte: 05/04/2026, Catégories: #article, #psychologie, #société, #initiatique, ff, Auteur: Maryse, Source: Revebebe

    ... volent en arc au-dessus de la Seine. Le ciel est bas, mais elles volent haut. Ensemble. Visibles.
    
    Elle sent sa gorge se serrer. Ce n’est pas encore de la fierté, mais ce n’est plus tout à fait de la peur. C’est quelque chose d’intermédiaire. De fragile. Une trêve. Elle se dit que peut-être, ce qu’elle ressent n’est pas une faute. Que peut-être ce qu’elle vit a le droit d’exister, même s’il faut se cacher pour le préserver. Même si dehors, tout hurle le contraire.
    
    Elle ne le dira pas. Pas encore. Mais elle se laisse aller contre Jeanne, discrètement, et celle-ci entremêle les doigts aux siens sous le manteau.
    
    Les colombes tournent dans le ciel. Et elle n’a plus honte de les contempler, ni de les comprendre.
    
    Acceptation
    
    Elle a vingt-huit ans. La vie est en ébullition, entre révoltes et espoirs, malgré la récession économique et le choc pétrolier. Le MLF prend de l’ampleur. C’est l’année internationale de la femme, un moment de luttes et de bouleversements. Les rues vibrent des voix des manifestants de tout sexe, des slogans scandés contre le patriarcat, contre l’ordre ancien. On y crie « À bas le fascisme », « Franco assassin », et mille autres cris de colère. Parfois, les manifestations dégénèrent : on casse des vitrines, les forces de l’ordre répriment brutalement. La loi sur l’IVG vient d’être promulguée, et pourtant, il reste tant à faire. On parle de liberté, d’égalité, mais derrière les portes closes, à l’abri des regards, il reste tant de tabous, tant ...
    ... d’inégalités imposées au soit-disant « sexe faible ».
    
    Elle milite pour les droits des femmes. Elle n’a plus peur. Elle revendique son droit d’aimer. Il lui a fallu du temps. Elle a aimé en secret, douté, pleuré, fui. Elle s’est menti, elle a prétendu, elle s’est détestée parfois. Mais maintenant, elle sait. Elle est lesbienne. C’est un mot qu’elle prononce en entier, sans baisser les yeux. Un mot comme un poing levé. Mais un mot aussi doux et brûlant que les baisers qu’elle échange avec celle dont elle est amoureuse. Elles se battent pour leurs droits.
    
    Ce jour-là, elle marche sur les quais. La Seine bruisse lentement à ses pieds. Il y a peu de monde. Une femme l’attend, assise en terrasse, la guettant avec impatience, un café à la main. Mais elle prend une seconde. Elle lève les yeux vers le ciel.
    
    Deux colombes. Hautes, libres, rapides. Leur vol est sûr, précis. Elles ne rasent plus le sol. Elles n’hésitent plus. On dirait qu’elles savent où elles vont, et qu’elles y vont ensemble.
    
    Elle sourit. Elle ne les envie pas. Elle leur ressemble. Ce qu’elle ressent n’est plus un trouble. C’est un feu clair, qui brûle juste.
    
    Elle avance. Son regard se lie à celui de celle qu’elle aime. Elle prend sa main, sans rien cacher. À la vue de tous. Elles marchent ensemble, dans le jour.
    
    Et derrière elles, les colombes filent, virevoltent, portées par le vent.
    
    Fierté
    
    Elles marchent. Pas à pas, épaule contre épaule, elles avancent au cœur de la foule. Le bitume résonne sous ...
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