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Aile contre aile
Datte: 05/04/2026, Catégories: #article, #psychologie, #société, #initiatique, ff, Auteur: Maryse, Source: Revebebe
Prise de conscience1 Elle a douze ans. Elle ne connaît encore rien de l’amour, ni même du désir. Fille du châtelain, elle grandit dans un domaine clos, entre pierres et prières, où chaque jour commence par l’angélus. Elle ne sort que pour se rendre à l’église ou visiter d’autres familles de son rang, accompagnée de ses parents et de leurs domestiques, toujours sous le regard vigilant de sa chaperonne. On lui a appris à baisser les yeux, à répondre poliment à voix basse, à croiser les mains, son esprit s’ouvrant uniquement à l’étude des saintes écritures et des arts de la maison. Elle a compris que le monde est un chemin étroit, bordé d’interdits, sur lequel il vaut mieux ne pas s’égarer, sous peine de pécher contre la volonté divine. Un matin, alors que le soleil d’automne perce à peine la brume, elle aperçoit deux colombes. Elles volent si proches qu’on croirait qu’elles partagent une seule paire d’ailes. L’enfant lève les yeux, fascinée. Quelque chose se serre dans sa poitrine. C’est doux et c’est fort à la fois. Ce n’est pas encore un mot, c’est une sensation. Une chaleur nouvelle qui la fait respirer autrement. Elle ne comprend pas pourquoi elle pense à Aude, la demoiselle de compagnie de sa mère, douce et si gentille, avec ses longs cheveux noirs tressés et son visage lumineux. Aussi gracieuse qu’une colombe. Pourquoi, en voyant ces deux oiseaux dans le ciel, pense-t-elle à elle ? Ce n’est pas une pensée claire, encore moins une image interdite. C’est une ...
... dissonance discrète, une lumière rasante, un frisson d’avant les mots. Comme les deux colombes qu’elle contemple. Qui semblent vouloir voler ensemble sans vraiment oser le faire. Comme si une retenue invisible, absurde, les empêchait de s’élancer pleinement dans le ciel, comme si une loi sacrée le leur interdisait. Confusion Elle a seize ans. On l’a envoyée ici « pour la sauver ». Les mots sont tombés comme un couperet, sans appel. Elle ne sait pas de quel tort elle doit se faire pardonner, quelle faute elle doit expier. D’un regard trop long ? D’un rire trop longuement partagé ? D’une amitié trop tendre ? D’une émotion inconnue ? Elle ne comprend vraiment pas… Les murs du couvent sont hauts, épais, gris et froids, comme la pierre des églises où l’on vient se repentir. Ici, on parle peu. On prie beaucoup. On refuse ce que l’on n’explique pas, et on punit ce que l’on soupçonne. Tout est silence, surveillance, suspicion. La vertu s’enseigne à coups de repentance et de solitude. Un matin, en pliant le linge sec dans la cour, elle aperçoit deux colombes. Elles ne volent pas. Elles avancent à petits pas hésitants, sautillant peureusement sur le sol comme si le ciel leur était interdit. L’une d’elles s’éloigne un instant, mais l’autre la suit aussitôt, comme incapable de rester seule. Elle les observe, troublée. Une chaleur inquiète lui monte au visage. Elle se sent fautive de ressentir quelque chose – mais quoi, exactement ? Ce n’est pas clair. Le souvenir de Clara ...