1. 9 secondes et demie


    Datte: 07/03/2026, Catégories: Humour fh, inconnu, sport, Auteur: Amarcord, Source: Revebebe

    ... me rendait à la fois euphorique et bouleversé. Tout le gentil bestiaire de nos livres d’enfants préférés y est passé, en version adulte : nous nous sommes caressés, léchés, mordus, dévorés. Un décathlon amoureux où il ne pouvait y avoir que des vainqueurs épanouis.
    
    C’est au moment critique, alors que resurgissait l’angoisse de ne pas tenir la distance, qu’arriva l’impensable : face à la fille la plus bandante qu’il m’avait été donné de tenir dans mes bras, je ne pouvais même pas armer une demi-molle. On a tout essayé, à commencer par la patience, et elle y a mis du sien, pour ranimer l’animal. Elle cherchait à dédramatiser, elle trouvait ça cocasse. Et puis à la longue, la situation a fini par devenir simplement désolante, une fête olympique gâchée. On s’est rhabillés, elle a été très tendre, m’a embrassé. On s’est malgré tout échangé nos numéros. Et puis elle a repris son train pour Tours, et moi le mien pour la capitale. Où devait se dérouler ce 100 mètres plat dont je n’avais plus rien à foutre.
    
    ⁂
    
    Fin de la longue parenthèse, retour au direct.
    
    Nous revoilà donc ce dimanche 4 août 2024 à 21 heures 54, dans un Stade de France silencieux, n’attendant plus que je lâche les fauves.
    
    Les assistants-commissaires les passent tous en revue : ils veillent à ce que pas même un ongle ne dépasse la ligne de départ. Je reçois les dernières confirmations : tout est prêt. J’arme le pistolet, qui n’en est plus un : il s’agit d’une commande électronique, qui déclenchera à la ...
    ... fois le chronomètre et la détonation qui résonnera dans un haut-parleur placé derrière chaque concurrent.
    
    — À vos marques…
    
    La tension est à son comble, les huit concurrents sont figés sur la piste en tartan violet.
    
    — Prêts ?
    
    Cette fois les muscles se contractent, prêts à propulser la masse de l’athlète hors des starting-blocks. C’est le moment clef, celui du départ, le dernier pour moi. Je presse résolument la gâchette…
    
    Et rien ne se passe.
    
    J’appuie à nouveau.
    
    Toujours rien.
    
    Je donne l’ordre aux athlètes de se relever, pour réinitialiser la procédure. Les commissaires et les gars de la technique accourent, vérifient le matériel. Je l’ai mauvaise.
    
    — C’est fourni par Microsoft, votre camelote ?
    — Calme-toi, Julien, reconcentre-toi, et laisse faire, on s’occupe de tout, me répond Maurice.
    
    Le technicien chipote deux ou trois paramètres, lève le pouce, et me rend l’engin. Nouvelle procédure, et tension accrue : les athlètes sont irrités par ce contretemps.
    
    — À vos marques… prêts ?
    
    Nouvel appui sur la gâchette. Nouveau fiasco. Et c’est là que la révélation tombe sur moi comme la Sainte Vierge sur Fatima : Châteauroux, Juliette, l’Hôtel de la Gare, la panne… La putain de corrélation ! Ou plutôt la foutue malédiction ! Je pète un câble. J’aspire l’air à pleins poumons, et puis je hurle.
    
    — PAN ! PAN PAN PAN PAN !
    
    Je quitte mon emplacement, et je me mets à gueuler sur les concurrents.
    
    — Allez-y, bande de cons ! C’est le moment de détaler ...