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9 secondes et demie
Datte: 07/03/2026, Catégories: Humour fh, inconnu, sport, Auteur: Amarcord, Source: Revebebe
D’un seul coup, le vacarme s’est tu. Il a suffi d’un simple« Silence, s’il vous plaît ; quiet, please » prononcé au micro pour que tout le public réuni dans la cuvette du stade de France interrompe ses cris et ses applaudissements pour envelopper les huit athlètes d’un silence plus recueilli que celui qu’on observe chez les Trappistes. Pour les spectateurs étrangers, ce respect de l’étiquette paraît normal. Mais pour le public français, cette demi-minute de quiétude représente une expérience inédite et bienvenue, après deux mois d’hystérie et de vacarme politique. Pour eux, cette soirée du 4 août forme presque un miracle, un rare moment de recueillement et de communion à l’occasion de ce qu’on présente comme la finale de l’épreuve reine des jeux, le 100 mètres plat. Masculine bien sûr, l’épreuve-reine, comme quoi il reste encore quelques vilains biais machos chez les commentateurs sportifs cis-genrés. Pour le biais ethnocentré, difficile d’invoquer une de ces bonnes vieilles discriminations caucasiennes qu’affectionnèrent longtemps les autorités sportives : les personnes de couleur sont plus que bien représentées au départ. C’est pas bien compliqué : je suis le seul blanc. Parce que oui, cette fois-ci, je suis moi-même au cœur de la course, même si je dois me pincer pour le croire. Plus le silence se fait, plus approche l’instant du départ, plus j’entends le cognement sourd des palpitations dans ma poitrine. Comme d’habitude, Darren Maxwell, l’athlète de la ...
... Barbade, me lance un sale regard avant de fixer son couloir. Ce type me déteste, et je le lui rends bien, alors que mes relations avec les autres athlètes sont au beau fixe. Il y a tout un contentieux entre nous. Il a une drôle d’allure, Maxwell. Vous connaissez les mélis-mélos, ces livres pour enfants divisés en deux ou en trois volets, et permettant de faire coïncider les corps d’animaux différents en alignant les morceaux de pages, pour créer une grande variété de chimères ? J’adorais ça quand j’étais môme. Eh ben Maxwell, il ressemble à ça : en haut, une tête de caméléon, avec de petits yeux mobiles et inexpressifs enchâssés dans des paupières globuleuses, une grande bouche aux commissures tombantes où ne s’imprime jamais le moindre sourire : on serait moins étonné de voir en surgir le rouleau d’une langue interminable venue gober une mouche. Pour parfaire l’illusion, des tas de perles multicolores viennent orner les extrémités des tresses qu’il s’est fait poser. Ça doit faire un sacré boucan quand elles s’entrechoquent, dès qu’il est lancé en pleine course… Parce que rapide, il l’est, le bougre. L’examen de la partie inférieure de ma chimère métaphorique l’explique : ce mec est puissant comme un taureau. C’est d’ailleurs son surnom dans le milieu :« The bull of Bridgetown ». Il en est tellement fier qu’il l’a fait broder sur son survêtement. Et comme il est plutôt vantard, il en attribue l’origine aux proportions hors norme de ses gonades. Est-ce qu’elles s’entrechoquent tout ...