1. 9 secondes et demie


    Datte: 07/03/2026, Catégories: Humour fh, inconnu, sport, Auteur: Amarcord, Source: Revebebe

    ... temps avec le premier train. Est-ce pour cette raison que Mélina et Laetitia ne cessèrent pas de bayer aux corneilles durant cette compétition ? Le principe est simple : une rangée de 8 finalistes tire sur des cibles distantes de 50 mètres, tantôt couchés, agenouillés ou debout. La carabine ne fait presque pas de bruit au moment du tir, et la cible est trop lointaine pour qu’on voie le résultat. Heureusement, des écrans placés au-dessus de chaque concurrent signalent d’un point coloré l’endroit où le dernier plomb a atteint l’objectif. Évidemment, ils tirent tous parfaitement, et les écarts au score se mesurent en dixièmes de poils de cul. Pour le public des initiés, c’est à coup sûr passionnant. Pour le commun des mortels, c’est moins évident. Mes deux amies choisirent de rentrer par le premier train sans attendre la conclusion de l’épreuve. Daisy trouva au contraire que c’étaitintéressant, et se rapprocha des barrières isolant la zone de tir.
    
    Quant à moi, je me résolus à attendre seul le résultat final sur mon siège. La médaille d’or échut à un Chinois.
    
    — C’est marrant, le haut de son corps fait penser à un écureuil, prononça une voix féminine toute proche.
    — Alors que le bas, plus massif, fait penser à un panda, m’entendis-je ajouter spontanément.
    
    Je tournai lentement mon visage vers la droite, au moment où la fille opérait une rotation symétrique. Nous nous regardâmes longtemps en silence, comme frappés par une révélation, une pure évidence. Je me résolus ...
    ... pourtant à rompre ce moment de grâce.
    
    — Je peux vous poser une question ?
    — Allez-y.
    — Vous aimez les mélis-mélos ?
    — J’en fais même la collection, répondit la jeune femme.
    
    Après un nouvel instant de stupeur partagée, je relançai la conversation.
    
    — Et sinon, vous aimez aussi le tir…
    — Pas du tout. J’aime les pâtes fraîches. En particulier les tagliatelles. À vrai dire, j’avais demandé des places pour le vélodrome.
    
    Cette fille me faisait fondre. En sondant ses grands yeux bleus sous sa jolie coiffure courte et ébouriffée, je m’aperçus qu’une même émotion semblait la saisir. Accompagnés parLa Marche des Volontaires résonnant en l’honneur du vainqueur, nous quittâmes ensemble le bâtiment, nous dirigeant vers la gare. Nous n’étions pas pressés d’y prendre un train, nous étions en quête d’un hôtel. Et effectivement, il y avait bien unHôtel de la Gare à Châteauroux. Il était très simple, propre, avait une chambre libre, et contrairement aux hôtels parisiens, une nuit d’occupation en période olympique ne vous coûtait pas un mois de salaire. Ce qui était prudent, parce que je m’y serais bien enfermé avec Juliette pour neuf semaines et demie.
    
    Tout, jusqu’au prénom, me criait que cette fille m’était destinée depuis toujours. Nous avons longuement tourné toutes les pages, celles de l’émotion comme celles de la passion, et miracle, elles coïncidaient toutes à la perfection, sans le moindre raccord. Le grain de sa peau, le parfum de son corps, la fraîcheur de son rire, tout ...
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