1. Le train de la vie


    Datte: 03/03/2026, Catégories: #journal, #réflexion, #psychologie, #nonérotique, #confession, Auteur: Maryse, Source: Revebebe

    ... est-il apparu ? », « Que cherche-t-il à me dire ? », « À qui appartient le rire ? »
    
    Elle chassa ces pensées absurdes de sa tête. Mais elles restaient là, bien ancrées, comme une interrogation latente, pressante, attendant une réponse.
    
    Un matin, lorsque l’infirmière entra dans la pièce, elle sentit bizarrement son cœur s’accélérer. Une impulsion, faible, mais bien réelle, la poussa à parler. Elle ne savait pas ce qu’elle voulait dire. Peut-être, simplement prouver qu’elle n’était pas morte, qu’un souffle de vie subsistait encore en elle. Celui, fragile, retentissant comme un rire, que le train véhiculait à l’intérieur de ses solides wagons.
    
    Elle ouvrit la bouche, mais aucun son ne sortit.
    
    L’infirmière tourna la tête vers elle, lui adressant un sourire bref avant de reprendre ses gestes habituels.
    
    — Comment te sens-tu aujourd’hui, Maryse ? demanda-t-elle doucement.
    
    Maryse détourna les yeux, mais quelque chose en elle bougeait. Une voix intérieure, portée par le roulement du train, murmurait :
    
    — Dis quelque chose, n’importe quoi !
    
    Elle inspira doucement, tenta d’articuler, mais sa gorge restait bloquée. L’infirmière lui adressa un dernier regard qui lui parut presque bienveillant, avant de quitter la pièce.
    
    Tac-tac… tac-tac… tac-tac…
    
    Cette fois, le bruit semblait encourageant, presque impatient, l’invitant à essayer encore.
    
    — Ne t’arrête pas, murmurait-il,sinon je suis inutile et je finirai à la ferraille !
    
    Plus tard, lorsque l’infirmière ...
    ... entra à nouveau, Maryse sentit une sourde détermination l’habiter. Le train défilait dans son esprit, lui rappelant qu’elle aussi pouvait avancer, pas à pas, wagon après wagon.
    
    Elle ouvrit la bouche et, cette fois, une voix faible, brisée, mais audible s’échappa :
    
    — Le… Le train…
    
    L’infirmière s’arrêta, stupéfaite.
    
    — Tu parles, Maryse ? Que veux-tu dire ? Quel train ?
    
    Maryse hésita, les yeux baissés. Mais le tac-tac, plus clair que jamais, semblait la galvaniser. Elle releva doucement la tête et murmura avec difficulté :
    
    — Celui… avec le rire…
    
    Elle entendit sa propre voix résonner dans son esprit, hachée et vacillante, portant ses mots avec une étrange sonorité… « train », « rire ». Et alors, quelque chose se dénoua. Un souvenir du passé remonta à sa mémoire. Une petite fille insouciante se matérialisa doucement, emplissant son esprit. Pendant un instant, cette silhouette poignante repoussa la froideur qui l’habitait.
    
    L’enfant heureuse qu’elle avait été… Avant qu’on lui arrache tout.
    
    Tac-tac… tac-tac… tac-tac…
    
    Le train la tirait en avant, lui insufflant un peu de cette force qui l’avait désertée. Il semblait briller, irradiant une chaleur presque palpable. Son rythme s’accélérait doucement, vibrant d’une énergie vive, comme s’il célébrait ce qu’elle venait d’accomplir, une première victoire. Maryse sentit qu’elle n’était plus seule dans sa désespérance.
    
    Cette nuit-là, quelque chose changea. Dans son sommeil, le tac-tac devint de plus en plus ...
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