1. Le train de la vie


    Datte: 03/03/2026, Catégories: #journal, #réflexion, #psychologie, #nonérotique, #confession, Auteur: Maryse, Source: Revebebe

    Elle était allongée sur un lit. La pièce, épurée et aseptisée, était d’une blancheur aveuglante qui semblait tout effacer. Seules les gouttes de la perfusion continuaient à bouger, à exister. Elles tombaient inlassablement, une par une, selon un rythme hypnotique dans lequel elle s’effaçait. L’aiguille plantée dans le dos de sa main était imperceptible, juste une chaleur sourde qui engourdissait son corps, la clouant dans une torpeur cotonneuse dont elle ne pouvait s’extraire.
    
    Son esprit dérivait dans un brouillard épais, où chaque sensation semblait émoussée. La lumière, les sons étaient là, mais amoindris, comme filtrés par une vitre épaisse. Peut-être était-ce mieux ainsi. Car, dans le silence, un autre bruit menaçait de refaire surface, celui qu’elle voulait à jamais oublier : un souffle rauque contre sa nuque. Un écho épouvantable qu’elle refusait d’entendre et avec lui, toutes les réminiscences odieuses qu’elle refoulait au plus profond d’elle-même. Elle n’avait pas envie de se rappeler et encore moins de ressentir.
    
    Une silhouette en blouse blanche venait la voir plusieurs fois par jour. Elle parlait d’une voix professionnelle, monocorde, et posait toujours les mêmes questions – inutiles, absurdes : « Est-ce que vous dormez bien ? », « Avez-vous besoin de quelque chose ? », « Vous sentez-vous mieux aujourd’hui ? »
    
    Mieux ? Elle n’en comprenait même plus le sens. Alors, elle détournait le regard, refermant ses paupières comme un rideau. C’était plus simple ...
    ... ainsi. Faire le vide en elle. À quoi bon vivre quand la mémoire n’apportait que douleur et dégoût ?
    
    Même l’oubli n’était pas sûr. Dans le noir, parfois, les souvenirs la traquaient. Les mains froides, brutales. L’odeur répugnante qui la faisait suffoquer. Les yeux inhumains, deux lueurs glacées qui luisaient dans l’obscurité. Alors elle fuyait, se fondant dans le néant qui l’entourait pour disparaître. Que pouvait-elle faire d’autre ?
    
    Son regard tomba sur son second bras, lui aussi inerte sur le drap. De fines cicatrices, certaines encore suturées, lui barraient le poignet. Elle se crispa tandis qu’un frisson la secouait. Elle s’en était fait plein d’autres, un peu partout sur son corps, pour sentir la lame lui entailler la peau, voir le sang s’écouler, comme si, en le faisant, elle cherchait à faire sortir d’elle tout ce qu’il avait de mauvais, tout ce pus qui la souillait et dont elle n’arrivait pas à se débarrasser…
    
    Les jours passaient les uns après les autres, identiques, la maintenant dans une longue inexistence.
    
    Puis, un jour, un son lui parvint. D’abord imperceptible, comme un murmure. Un bruit régulier, répétitif, presque apaisant, venu de très loin. Elle pensa l’avoir rêvé et l’oublia aussitôt.
    
    Mais le jour suivant, il revint, un peu plus net, un peu plus fort. Comme un tac-tac. Un tac-tac incessant et entêtant, qui troublait le silence figé dans lequel elle s’était retranchée. Un tac-tac qui semblait vouloir la tirer de sa prostration anesthésiante.
    
    Il ...
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