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Le train de la vie
Datte: 03/03/2026, Catégories: #journal, #réflexion, #psychologie, #nonérotique, #confession, Auteur: Maryse, Source: Revebebe
... s’imposait, doucement, patiemment, résonnant dans l’immobilité de son être. Sans comprendre pourquoi, elle finit par s’accrocher à ce rythme, à ce fil ténu qui effleurait sa conscience. Tac-tac… tac-tac… tac-tac… Ce son n’avait rien de menaçant. Au contraire, il se déployait avec une régularité presque réconfortante, comme une berceuse mécanique. Une cadence subtile, discrète, qui s’immisçait inexorablement en elle. La peur, insatiable, était toujours là, tapie dans un recoin obscur de son esprit, prête à bondir. Mais désormais, quelque chose était différent : ce tac-tac, à la fois énigmatique et obsédant, était là, comme une frontière invisible qui maintenait l’horreur à distance. Le tac-tac devint plus qu’un bruit, une présence qui cherchait à se faire entendre. Et, paradoxalement, elle, qui s’était coupée de tout, se surprenait à l’écouter presque malgré elle. Tac-tac… tac-tac… tac-tac… Elle ouvrit les yeux. La lumière crue, presque livide, qui baignait la pièce semblait moins oppressante, comme si elle s’était adoucie. Tac-tac… tac-tac… tac-tac… Ce rythme continuait, tenace, imprégnant chaque cellule de son être. Puis, parfois, avec ce bruit devenu familier, un autre son gai et cristallin s’élevait : un rire d’enfant. Si lointain, si irréel et pourtant suffisamment distinct pour résonner partout en elle. Brusquement, une image, presque une hallucination, jaillit, perçant son hébétude : un train roulant sur des rails, tirant une file infinie de ...
... wagons. Il avançait sans relâche, implacable, apportant ce rire innocent. Elle referma les yeux. Pas pour échapper à cette vision, mais, curieusement, pour s’y abandonner. Derrière ses paupières, le train défilait. Rien ne pouvait l’arrêter. Telle une invitation à se mettre en mouvement, à sortir de ses murs, à se reconnecter à la vie qui, envers et contre tout, avec ou sans elle, continuait à avancer. Les jours suivants, l’image du train ne la quitta plus. Il sillonnait son esprit, inlassablement, laissant dans son sillage une vibration subtile qui se propageait jusqu’aux confins de son être. De temps en temps, au cœur de cette douce trépidation devenue familière, émergeait une autre résonance, empreinte d’humanité : l’éclat de rire clair et ingénu qui tintait, telle la résurgence d’un temps oublié. Qui la faisait frissonner, remontant des images évanescentes, à peine esquissées… Même lorsqu’elle se perdait dans la contemplation de la perfusion ou du plafond blanc, le tac-tac la rejoignait. Ce bruit régulier était devenu une présence sonore, une compagnie persistante qui refusait de l’abandonner. Son no man’s land intérieur, jusque-là d’un vide endormant, ne lui offrait plus cette vacuité totale dans lequel elle s’était dissoute. Elle était maintenant traversée par ce mouvement irrépressible, emplie de ce rythme constant qui ne la lâchait plus. Des questions commencèrent à naître, insidieuses, dans un coin de son esprit :« D’où vient ce train ? », « Pourquoi ...