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L'évènement - muse et homme
Datte: 16/02/2026, Catégories: fh, Auteur: Claude Pessac, Source: Revebebe
... tu éclipses Vénus et Aphrodite. Lina, tu es une véritable déesse ! — Holà-là, une déesse ! Carrément ! Je vois ses yeux au bord des larmes, sa mine désespérée. Elle ramène vers l’avant la masse de ses longs cheveux sur son épaule et son buste, lève les bras, cale ses avant-bras sur le dessus de sa tête, se retourne et s’appuie sur le mur, les pieds légèrement en retrait comme un malfrat en état d’arrestation. Alors là, oui, je comprends ! Tout le côté droit de son dos est une plaie hurlante, depuis sa nuque, quasiment jusqu’aux hanches. Un épouvantable magma de chairs boursouflées, de cicatrices blanchâtres, de striures rosées. Un terrible tableau, paysage chaotique effarant. Je comprends qu’on puisse en être choqué, que certains puissent en être révulsés et fuir au diable vauvert ; que d’autres puissent s’interroger sur « comment enlacer ce corps meurtri » et ne pas se sentir capables de toucher cette peau parcheminée mise à nu jusqu’au derme voire plus profondément encore. Je comprends aussi pourquoi Lina s’était légèrement tournée avant d’enlever sa chemise : la terrible coulée de lave s’étend sur les premiers arpents de son sein droit. — Alors, souffle-t-elle d’une toute petite voix enrouée, toujours… une déesse ? Je ne réponds rien. Je me dis fermement déjà que je ne poserai aucune question au sujet de cette épouvantable brûlure. Je m’approche d’elle, doucement. Je dépose précautionneusement une farandole de bisous et léchouilles sur son épaule et son ...
... cou. Sur sa peau dévastée. Je suis pas expert et ne peux donc savoir à quand remonte cet épouvantable traumatisme mais elle ressemble à celle d’un de mes voisins, brûlé au torse il y a quatre ans. J’imagine Lina, reine de son lycée ou de sa fac, passée du jour au lendemain du statut de miss incontestée, au centre de mille et une convoitises, coursée en permanence par une cour de bourdons empressés bruissant sans arrêt dans son sillage, à celui de pestiférée mise à l’écart, montrée du doigt, fuie comme une lépreuse. Je pense aux souffrances physiques endurées dans l’univers glacé d’une chambre d’hôpital, à ses souffrances morales en voyant ses plus fervents admirateurs s’éloigner peu à peu. Je ne sais rien d’elle, j’espère me tromper sur son éventuelle solitude, mais je crois tout de même comprendre que cet abandon existe et lui pèse, elle qui ayant surmonté cette terrible épreuve doit avoir désormais une formidable envie de vivre, de partager, donner et recevoir. Je bise son dos, embrasse chacune de ses meurtrissures, me retenant d’insister trop, d’appuyer fort car je ne voudrais pas lui provoquer des sensations désagréables, des élancements ou des douleurs. — Mais qu’est-ce que tu… — Je ne te fais pas mal au moins ? — Non pas du tout ! Au contraire ! Oh, mon Dieu oui, bien au contraire ! C’est… si inattendu ! Et agréable, même si la… zone est relativement insensible en fait. Je continue d’embrasser le terrible champ de bataille. — Tu n’es pas dégoûté, me ...