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L'évènement - muse et homme
Datte: 16/02/2026, Catégories: fh, Auteur: Claude Pessac, Source: Revebebe
En descendant l’escalier, je m’efforce d’être le plus silencieux possible afin de ne pas réveiller ni ma logeuse ni aucun des autres occupants de la pension de famille mais les marches de l’escalier en bois se moquent bien de mes précautions : elles craquent, gémissent, grincent, claquent à qui mieux mieux à chacun de mes pas. Je suis presque en bas quand la porte d’entrée s’ouvre à la volée. Boas Erlivjenson et son fils aîné, Sólbergur Boasson1, qui rentrent là, à trois heures du mat, de leur pêche nocturne, ne cherchent nullement à se montrer discrets et claquent la porte d’entrée derrière eux. — Déjà debout ? me demande le père de sa voix forte et rocailleuse. Je leur sers une réponse laconique. — Ballade pour la journée sur le plateau. Si mon accent est assez loin d’être parfait, mon islandais est plutôt au point. Mon apprentissage intensif de cette langue avec une native de ce pays habitant à quelques kilomètres de chez moi a porté ses fruits. Je me sens capable de tenir la conversation tout à l’heure avec Ingunn Gudmundsdottir. Boas, le mari de ma logeuse, affiche une moue mi-figue mi-raisin à cette explication, hausse les épaules et file vers la cuisine. En ce début juillet, le soleil se lève vers trois heures alors qu’il n’a disparu à l’horizon qu’un peu avant minuit. Dans une nuit si courte et, là, calme et sans vent, la température n’a pas vraiment le temps de chuter : il fait aux alentours de quatorze degrés. Au vu des derniers jours, on ...
... pourrait atteindre seize à dix-huit degrés au meilleur moment du jour. Pour l’instant, la température actuelle me convient parfaitement : idéal pour l’escalade que j’ai prévue. C’est une sacrée dénivelée qui m’attend. Depuis ma pension de famille en bord de mer jusqu’au plateau, il y a bien quatre cents mètres à grimper sur une pente plutôt raide, aux sols meubles et gravillonnés sur les deux tiers de la hauteur totale, rocailleux et périlleux ensuite. Pas de quoi m’effrayer toutefois, je suis bon marcheur, bien entraîné : depuis un an et quelques, je marche tous les jours. Une demi-heure à une heure chaque jour de la semaine, sur le plat, autour de la ville. Le week-end, les jours fériés et pendant mes rares congés, je me lève encore plus tôt qu’en semaine pour des courses plus corsées dans les premiers contreforts des Pyrénées. Deux à trois heures maxi pour être de retour au plus tard à huit heures-huit heures trente. Avec des croissants tièdes. Je marche chaque jour. Au début, je trottais mécaniquement, sans autre but que de me vider l’esprit. Sans jamais y parvenir toutefois. Au hasard. Puis, j’ai pris goût à l’exercice et ne peux plus m’en passer. Je marche au hasard, promeneur solitaire, sans objectif précis. Mais aujourd’hui, j’ai un but ! C’est bien la première fois ! 1.↑Les noms de famille n’existent pas réellement en Islande, même si depuis quelques années, la situation évolue. De base, les Islandais ont un prénom, auquel ils rajoutent en général le prénom du ...