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L'évènement - muse et homme
Datte: 16/02/2026, Catégories: fh, Auteur: Claude Pessac, Source: Revebebe
... épaisses tranches de pain noir aux épices, filets d’églefin… faisandés (!), œufs de saumon, épaisse tranche lard blanc genre colonnata, le tout nappé dans une sorte de gelée, d’airelles je crois mais je préfère ne pas approfondir… Bon, je n’apprécie que très moyennement mais c’est finalement un peu plus moins pire que je ne craignais. En outre, il faut bien le reconnaître : ça vous cale son bonhomme ! Je reprends ma route. J’ai, m’a-t-on dit, deux kilomètres à parcourir encore sur la lande avant d’atteindre la maison d’Ingunn. C’est elle mon but aujourd’hui : Ingunn. Je marche d’un bon pas mais je suis sujet à des interrogations mêlées. Ingunn sait-elle quelque chose que j’ignore ? A-t-elle une information qui m’éclairerait ? En réalité, je n’y crois guère, j’en doute sérieusement même ! Eh non, je n’ai guère d’illusion ! Et donc, ce que je vais lui dire va sans nul doute la peiner. J’en suis désolé d’avance. Attrister une vieille femme me fend le cœur d’avance mais cela m’est absolument nécessaire. Je sais que ma démarche est parfaitement égoïste mais j’ai besoin de confirmations. D’une confirmation. Alors, je marche résolument vers l’ancienne ferme auberge. Je marche, comme chaque jour depuis presque deux années. Comme chaque jour depuis l’évènement ! ooo000ooo Nuit sans lune, profonde obscurité que percent difficilement les phares un peu faiblards de mon camion. La route, en pente douce, est relativement rectiligne et je la connais par cœur : aucun ...
... nid de poule ne pourrait me surprendre, même dans ce noir charbonneux. Pas plus que les bancs de brume qui s’effilochent au passage du dix tonnes. De toute façon, le jour ne tardera plus à se lever. Bien avant que je n’atteigne Escot, mégalopole béarnaise d’un peu plus… d’une centaine d’habitants dont les deux tiers sont mes clients fidèles. Le moteur ronronne, enfin, façon de parler, car le moulin de mon vieux bahut fait toujours un sacré raffut, quel que soit son régime. Trop fort pour que je puisse allumer la radio, je n’entendrais rien. Les infos, je les écouterai à huit heures, avant de reprendre la route après mon premier arrêt. Oui, à Escot, mes clients sont matinaux ! J’ai remonté la vitre de ma portière et actionné les essuie-glaces. Des gouttes de pluie, rares mais lourdes, s’écrasent sur mon pare-brise. Une simple averse ? La météo avait prédit grand beau temps pour aujourd’hui, température deux degrés au-dessus des normales de saison. Ah oui, c’est vrai, la présentatrice avait mentionné un faible risque d’orages très localisés. Pourvu qu’il soit vraiment localisé ce grain, la pluie, ce n’est pas bon pour mon commerce de plein air ! Et je n’ai même pas de stock de parapluies à vendre ! Je roule tranquille et parle tout seul au volant. Je suis un homme heureux ! J’aime mon boulot, j’aime le contact clientèle et par-dessus tout, j’aime Lina ! J’adore Lina ! Je suis fou, je suis raide dingue de Lina. Depuis bientôt un an. Lina, belle comme un soleil ! ...