1. 17 avril 1891 (1/3)


    Datte: 31/01/2026, Catégories: Entre-nous, Hétéro Auteur: Pessac, Source: Hds

    ... plus clair de son temps calée dans un fauteuil. C'est elle qui m'a élevée et je lui en ai une infinie et tendre reconnaissance.
    
    Quand elle émerge parfois, c'est pour me convaincre de trouver enfin chaussure à mon pied. Comme je lui répond que mon physique me relègue au rayon des rebus, elle me répète qu'il y a couvercle pour chaque pot et que le mien de pot, est bien assez croquignolet pour contenter un brave homme.
    
    Elle ne peut plus faire grand-chose dans la maisonnée Mamama et je me désole de la voir dépérir si graduellement. Elle est ma seule famille. Je lui envoie des petits sourires tout en effectuant mes travaux de ravaudages, lui adresse une tendre caresse quand je vais la faire boire à petites gorgées les décoctions que je lui prépare pour calmer sa toux persistante.
    
    Après les soins que je lui porte, après les travaux ménagers et potagers, je ravaude, coupe et coud tout au long de la sainte journée. Sauf quand je lis : je récupère en effet des ouvrages dans la bibliothèque paroissiale. La plupart des livres sont des bondieuseries soporifiques mais la lecture de l'Ancien Testament m'offre des passages intéressants que mon imagination débordante a tôt fait de prolonger et détailler en séquences terriblement dépravées et joyeusement excitantes. D'autres ouvrages, notamment ceux prêtés par le Père Unterfinger participent à mon éducation et à ma culture. À défaut de courir les garçons, je m'enfile des bouquins.
    
    Mais à part cela, mes journées sont longues et ...
    ... monotones.
    
    Du moins, jusqu'à hier : deux soldats accompagnés d'un gradé sont venus me chercher chez moi, m'enjoignant à prendre mon sac à couture. Ils m'ont alors conduite au Rathaus. Je suis entrée vaguement tremblante dans l'Hôtel de Ville. On m'a alors menée à l'étage, jusqu'aux appartements de l'Ober-Leutnant, commandant de la ville, ou plutôt, dans ceux de son épouse. Là, la femme du militaire m'a reçue, se montrant particulièrement aimable et chaleureuse. Elle m'a même offert le Kaffee-Kuchen comme si j'étais de ses amies : je peux dire que j'ai dégusté avec gourmandise les pâtisseries au chocolat accompagnant le breuvage fort.
    
    Madame l'Ober-Leutnant, Camelia de son prénom, et de surcroit Comtesse de Holstein, voulait me demander de reprendre un certain nombre de ses robes. La très jeune épouse du militaire disait avoir sensiblement maigri depuis quelques temps. Je me suis bien gardé de lui demander les raisons de cet amaigrissement mais j'ai lu dans le regard de l'allemande une certaine langueur et beaucoup de tristesse.
    
    Passant ensuite dans un cabinet de toilette, la prussienne s'était déshabillée.
    
    — Nous serons parfaitement tranquille ici, m'avait-elle expliqué en portant ses mains sur sa bouche, ses yeux, puis ses oreilles.
    
    La mimique m'avait bien surprise... mais j'en avais compris le sens.
    
    Souriante, comme libérée tout à coup, la schleue avait abandonné son langage compassé. Elle n'avait conservé sur elle que son corset et sa culotte en dentelles ...
«12...456...17»