1. L’oreiller de Thibaud


    Datte: 05/01/2026, Catégories: #réflexion, #psychologie, #érotisme, #initiatique, #volupté, #rencontre, #personnages, #couple, #masturbation, Auteur: L'artiste, Source: Revebebe

    ... d’Eléna tout proche, tiède et réel. Mais c’est la voix du tissu qui glisse entre ses jambes.
    
    Et il bande pour l’oreiller. Il en a honte, mais ne dit rien. Juste un gémissement étouffé contre le coton.
    
    *
    
    Il y a eu une nuit. Puis deux. Puis une semaine où Eléna dormait chez lui plus souvent que chez elle. Elle laissait des culottes dans la salle de bains. Des livres dans la cuisine. Une brosse à dents rose dans le pot à crayons. Thibaud, lui, se sentait vivant à nouveau.
    
    Mais le problème, c’est qu’il dormait mal. Ou plutôt : il dormait moins. Parce qu’à chaque fois qu’Eléna fermait les yeux, l’oreiller se mettait à parler. Plus fort. Plus sale. Plus possessif.
    
    Et parfois… l’oreiller avait raison.
    
    Le corps d’Eléna était chaud. Sa peau avait cette élasticité tendre des femmes sûres d’elles. Mais Thibaud avait du mal à se laisser aller. Parce qu’il se souvenait de phrases qu’il n’avait jamais entendues. Parce que son sexe se tendait pour une voix, dans sa tête, pas pour une personne.
    
    Une nuit, il a craqué. Il s’est levé et a pris l’oreiller entre ses mains, comme on secoue un amant en colère.
    
    — Qu’est-ce que tu veux, à la fin ?
    — Tu n’es pas réel !
    
    Il l’a jeté. Contre le mur. Eléna s’est réveillée, nue, magnifique, le regard encore flou :
    
    — Tu vas bien ?
    — Je… j’ai juste fait un cauchemar.
    
    Elle s’est redressée, l’a enlacé, a posé ses seins contre son dos, et a glissé une main le long de son ventre.
    
    — Je t’avais prévenu, pour les draps en ...
    ... satin. Tu veux que je t’aide à te rendormir ?
    
    Il a fermé les yeux et, pour la première fois, a laissé son corps répondre. Pas à la voix. À elle.
    
    Il l’a prise là sans mots. Sa peau contre la sienne, ses mains sur sa nuque, sa bouche sur son cou. Et pendant qu’ils jouissaient à deux, sans artifice, l’oreiller tombé au sol a murmuré. Très bas.
    
    Mais Thibaud ne l’a pas entendu. Et c’était peut-être ça, la victoire. Ou le début d’une autre guerre.
    
    Depuis, les mots étaient toujours là. Mais moins tranchants. Moins possessifs. Comme si la voix avait compris qu’elle n’était plus seule à lui faire frémir les reins.
    
    Elle murmurait encore.
    
    Parfois, c’était vrai. Parfois, c’était mesquin. Mais ce n’était plus une guerre. C’était une cohabitation sensuelle, un ménage à trois.
    
    Il dormait entre deux souffles. Celui d’Eléna, qui sentait le thé noir et un peu le sexe. Et celui de l’oreiller, qui sentait… le passé.
    
    Un soir, après l’amour, ils sont restés allongés, nus l’un contre l’autre, peaux collantes d’un plaisir lent. Eléna a murmuré, les yeux mi-clos :
    
    — Tu rêves beaucoup en ce moment. Tu dis des choses…
    — Ah ?
    — Des choses très tendres. Très salées aussi. Des noms. Des lieux. Des… textures.
    
    Il a dégluti. Elle a souri.
    
    — Je t’en veux pas. J’ai aussi des souvenirs qui s’accrochent aux draps. Je les lave pas non plus tout de suite. Je les laisse sécher un peu.
    
    Et là, Thibaud l’a regardée chaleureusement. Comme une suite.
    
    Cette nuit-là, il a pris ...