1. L’oreiller de Thibaud


    Datte: 05/01/2026, Catégories: #réflexion, #psychologie, #érotisme, #initiatique, #volupté, #rencontre, #personnages, #couple, #masturbation, Auteur: L'artiste, Source: Revebebe

    Thibaud dort sur le côté gauche, comme tous les hommes trahis trop tôt. Une jambe tendue, l’autre repliée en position de semi-fuite. Son oreiller est un rectangle trop mou acheté pendant une promo de janvier, un peu jauni, un peu trop fidèle. Il le garde quand même. Parce qu’il épouse bien la nuque, et parce que c’est encore ce qui lui a tenu compagnie le plus longtemps ces cinq dernières années.
    
    À 3 h 42 du matin, il entend :
    
    Il ouvre un œil. Rien. Pas de téléphone qui sonne, pas de télé restée allumée. Juste la chaleur tiède sous la couette, et ce foutu oreiller. Il fronce les sourcils et se rendort. Mais le lendemain, il y pense. Toute la journée. À cette voix. Douce. Féminine. Mais pas reconnaissable. Une voix… familière d’une intimité inconnue. Comme une main posée sur sa nuque dans un souvenir jamais vécu.
    
    *
    
    La nuit suivante, il s’endort sur le dos. Pour changer.
    
    À 2 h 06 :
    
    — Quoi ? grogne-t-il à demi réveillé.
    
    Silence.
    
    Il ne dort plus et bande à moitié. Il ne sait pas si c’est la voix, les mots, ou le fait qu’on ait fouillé dans sa tête sans sa permission. Il reste comme ça, les yeux ouverts dans le noir, le cœur battant à mi-poitrine et le sexe un peu plus vivant que d’habitude, comme un chien qui relève le museau en flairant une vieille odeur familière.
    
    *
    
    Le troisième soir, il se couche nerveux. Comme si c’était un rendez-vous.
    
    Il cale sa tête, ferme les yeux et attend.
    
    Et la voix revient.
    
    Thibaud gémit. Pas un gémissement de ...
    ... plaisir. Un de ces sons coincés entre honte et excitation. Comme quand on se masturbe en pensant à quelqu’un qu’on n’a jamais eu le droit de désirer.
    
    L’oreiller semble tiédir sous sa joue. Il le retourne. Comme pour l’éteindre. Mais la voix glisse à travers le tissu, basse, troublante.
    
    Et cette nuit-là, Thibaud dort nu.
    
    Pas pour le confort. Pour le contact.
    
    *
    
    Thibaud s’était promis de ne pas y penser. De reprendre le dessus. De ranger cette parenthèse moelleuse dans la catégorie des rêves un peu trop vivants, comme les anciens numéros de téléphone de ses ex : oubliés par principe, mais toujours là en cas d’urgence affective.
    
    Mais à 19 h 48, il est déjà dans son lit. Pyjama inexistant. Draps propres. Une goutte d’huile essentielle sur la taie. Vanille. Pour voir. Et, surtout, l’oreiller placé avec une précision chirurgicale sous sa joue. Comme une joue contre une autre.
    
    Il ferme les yeux.
    
    Rien.
    
    Puis, très bas, à la limite du silence :
    
    Un battement dans sa gorge. Il avale sa salive comme si elle venait d’un shot de vodka tiède.
    
    Le mot « ici » tombe exactement à l’endroit où le tissu touche sa hanche.
    
    Il sursaute. Puis se redresse, cherche un micro, un appareil, un piège mental. Mais il n’y a rien. Juste un silence moite et une demi-érection douloureuse de ne pas savoir où aller.
    
    Il pose sa main sur le coussin. Doucement. Il est chaud. Trop pour être normal. Et alors il ose. Il s’allonge à plat ventre. Frotte son torse contre le drap, contre ...
«1234»