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L’oreiller de Thibaud
Datte: 05/01/2026, Catégories: #réflexion, #psychologie, #érotisme, #initiatique, #volupté, #rencontre, #personnages, #couple, #masturbation, Auteur: L'artiste, Source: Revebebe
... le lit, contre lui-même, et l’oreiller sous son ventre. La voix, cette fois, monte. Un souffle. Un murmure de gorge : Il gémit. Ni pour simuler ni pour provoquer. Parce que ça le prend. Le tire. L’ouvre. Une amante jamais vue. Une main qui n’existe pas. Mais qui serre. Juste assez. Il jouit. Lentement. Presque sans bouger. Comme un orgasme mental. Une épiphanie sexuelle envoyée en ASMR directement à son lobe temporal. Et après, il reste là. Vide. Transpirant. Un peu honteux. Un peu heureux. Et l’oreiller, très doucement, dit : * Elle s’appelle Eléna. Pas Hélène, trop scolaire. Pas Ella, trop tendance. Eléna, avec un accent glissant sur le « é » qui lui donne l’air d’avoir été inventée dans une salle de jazz. Ils se sont croisés dans une laverie. Oui, une laverie. L’endroit où les slips blancs se mélangent sans gêne avec les soutiens-gorges fatigués, et où les gens comme Thibaud, qui vivent seuls depuis trop longtemps, évitent de regarder les machines tourner, de peur d’y déceler leur propre spirale affective. Elle pliait un drap. Un grand. Un drap-housse. L’acte le plus sensuel que Thibaud ait vu depuis des saisons de solitude. Elle avait des gestes lents. Calmes. Comme s’ils étaient chorégraphiés par un ancien amant. Et quand elle a parlé, ça a été comme un coup de poing dans le thorax. — Tu sais que le satin, ça ne pardonne pas les cauchemars ? — Quoi ? Elle a souri et haussé les épaules, puis a poursuivi, les yeux toujours sur le ...
... linge : — Les draps en satin. Quand tu fais un cauchemar, t’as l’impression qu’il te colle à la peau. Comme si le lit avait mémorisé ta peur. Thibaud a blêmi. Ou rougi. Elle parlait comme l’oreiller. Pas la même voix, mais la même langue. Ce mélange d’intimité et de jugement doux. De phrases qui griffent. Ils ont discuté. Vingt minutes. Elle l’a invité à boire un café – ce qui dans la langue des adultes frustrés se traduit par « viens t’asseoir dans mon monde, voir si tu y as une place ». Chez elle, c’était chaud. Une chaleur de vie, pas de chauffage. Des bougies sans raison. Une odeur d’encens discret, pas chiant. Et un lit en mezzanine, sans fausse pudeur. Elle était directe. Elle l’a touché. Pas tout de suite. Pas brutalement. Juste une main sur son bras pendant qu’elle parlait. Un contact assez long pour faire monter le sang. Et assez flou pour qu’il doute de tout. Et puis, soudain, elle lui a dit : — Tu dors comment, toi ? — Sur le côté. Un peu nu, a-t-il bafouillé. Elle a hoché la tête. — Je parie que tu fais partie de ceux qui causent dans leur sommeil. Ou qui écoutent. Il a blêmi. Pour de vrai cette fois. * Aujourd’hui, il ne rentre pas seul. Eléna l’accompagne. Pas pour coucher – pas encore. Mais parce qu’elle a dit : « J’aime bien entendre une autre respiration la nuit. » Elle s’endort vite. Lui, pas. Et alors, au creux du silence : C’est l’oreiller. Chaud. Rancunier. Charnel. Thibaud ferme les yeux. Le corps ...