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Bijou bijou : prose entre les strophes
Datte: 17/03/2025, Catégories: f, fh, amour, nopéné, Auteur: Samir Erwan, Source: Revebebe
... J’arrive. Bijou m’a sauté dans les bras à mon arrivée, ses cheveux roux partout autour de moi. Elle a fait des pâtes et nos discussions se sont envolées, comme si je n’étais jamais parti en voyage. Elle m’a montré la chambre qu’elle avait préparée pour moi et m’a donné quelques règles, toutes simples : — T’es d’accord pour payer la moitié du loyer chaque fin de mois ? On partage les courses, on informe l’autre si on invite quelqu’un, on tente de maintenir la maison propre, ça te va ? J’ai acquiescé, suffisait que je trouve un boulot pour payer les charges. Nous avons donc commencé à habiter ensemble, en colocation. Bijou était active, en travaillant dans un restaurant les week-ends, évoluant dans une troupe de théâtre la semaine. Elle avait des répétitions, des cours privés, des groupes d’amis qu’elle fréquentait. Ceux-ci venaient parfois à la maison : on buvait des coups, on fumait des clopes, on discutait et je sortais ma guitare en fin de soirée pour chanter du répertoire connu ou bien des pièces de mon cru. Bijou, bijou, te réveille pas surtout… Je vais pas faire de bruit, juste un café, c’est tout. Je peux plus rester ici, j’dormirai j’sais pas où. Le café bout et s’expulse presque en vapeur. J’y jette un œil, attendons encore un peu, ce n’est pas terminé et mon regard retourne dans la rue. Le soleil se lève en orange et la ruelle de notre enfance, à Bijou et moi, commence à vivre. Les chats se créent des évènements et les oiseaux s’envolent. Au bout de ...
... la rue, je vois les joyeux drilles mal fagotés du refuge sortir tranquillement, certains harnachés portant tuba ou tambour, d’autres avec des trombones, des clairons, des trompettes. Ils s’installent au coin, tous prêts à débuter le spectacle prévu. Je souris, ils sont là, ils sont fiers, ils célébreront l’arrivée du printemps avec une fanfare digne de ce nom. C’est justement là, à l’Armée du Salut que j’ai trouvé un boulot. J’ai été y déposer mon CV, j’ai rencontré les responsables sympathiques, j’avais la cause de donner un coup de main aux SDF à cœur, l’organisme m’a recruté dans la foulée comme intervenant. J’étais musicien, ça a joué dans la balance : les gars de la rue voulaient faire un spectacle ! En quelques mois, j’ai gagné leur confiance, je fumais des clopes avec eux, je rigolais des anecdotes, je donnais des conseils informels, je contactais la Sécu ou autres institutions pour que les « gars » récupèrent leurs droits. Et nous organisions le spectacle du printemps, répétant régulièrement. Je me sentais bien dans cet environnement, je puis dire que j’avais trouvé ma branche, je causais aisément avec les publics, sans jugement et avec ingénuité. Ma vie était belle, oui, j’étais heureux. Et la cohabitation avec ma meilleure manie, Bijou, était idéale. Nous partagions les courses, nous cuisinions de grands repas, nous rigolions de plusieurs sujets. Je répétais avec elle son théâtre à l’italienne, sans donner le ton, pour apprendre le texte sans se fatiguer. ...