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Les petites lumières blanches
Datte: 11/03/2025, Catégories: fh, ff, hplusag, jeunes, campagne, voyage, amour, revede, diffage, Auteur: Calpurnia, Source: Revebebe
... j’étais insouciant et recherchais l’aventure. Nous étions postés dans les montagnes, un peu comme ici, mais en plus arides, plus sauvages. Nous campions sous les étoiles. Comme toi, lorsque je ne dormais pas, j’aimais les reconnaître par leur nom, suivre la trajectoire des constellations. C’est là où j’ai connu toute la sauvagerie de l’espèce humaine. Il était impossible de contrôler la région, trop vaste pour nos effectifs. Ma compagnie était harcelée par les fellaghas. C’était une guerre qui ne disait pas son nom, un moment terrible. L’ennemi ne nous faisait pas de cadeaux. Lorsqu’ils étaient supérieurs en nombre, il valait mieux tomber sous les balles, car ceux qui étaient capturés vivants, on les retrouvait égorgés avec le sexe coupé dans la bouche, entre autres barbaries. Nous non plus ne leur faisions pas de cadeaux. Même à ceux qui étaient supposés n’être que des civils, mais qui participaient au conflit à leur manière, car il leur était impossible de refuser leur aide au FLN. Tu es sûre que tu veux connaître la suite ? — Oui, continue. — Un jour, notre section en patrouille dans un petit village comme ici avait trouvé une jeune fille comme toi – elle te ressemblait. Nous l’avons surprise en train de distribuer aux autres habitants des tracts pour l’indépendance. Conformément aux instructions, nous l’avions emmenée dans notre campement. J’accompagnais le lieutenant, qui était un homme tout à fait ordinaire, un rappelé dont la femme attendait en métropole leur ...
... premier enfant, et professeur de français dans le civil. Cette jeune personne que nous tenions, nous l’avons déshabillée, attachée sur la table, violée, torturée à l’électricité, jusqu’à ce qu’elle en meure. Nous avons massacré sa beauté fantastique. Elle pouvait hurler autant qu’elle le voulait : nous ne demandions pas mieux que ses compatriotes l’entendent à travers la nuit, pour les convaincre que nous étions encore plus inhumains qu’eux et que nos soldats mutilés étaient vengés. Le lieutenant et moi avons sombré dans la folie, le temps d’une nuit d’interrogatoire, sous une tente éclairée par une lampe à pétrole. Il fallait à tout prix savoir qui lui avait fourni ces documents. Je précise qu’aucun gradé ne nous y a obligés. Oui, la gégène, comme ils disaient, accompagnée de tous les abus imaginables. Le lieutenant n’arrêtait pas de fumer des Gauloises brunes. Il me semble encore sentir l’odeur du tabac sous la tente enfumée. La fille n’a même pas parlé. Ou peut-être a-t-elle voulu dire quelque chose et nous ne l’avons pas écoutée, occupés que nous étions à la besogner ? Le temps d’une nuit, nous n’étions plus des hommes, mais des fauves, et encore, ces animaux au moins respectent leurs proies quand ils les tuent. Au matin, nous avons balancé le corps dans un ravin avant de nous promettre mutuellement un silence absolu et éternel, ce qui ne m’a pas empêché d’en parler à ton père quelques années plus tard, parce que le secret était trop lourd. Avec les conséquences que l’on sait. ...