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Les petites lumières blanches
Datte: 11/03/2025, Catégories: fh, ff, hplusag, jeunes, campagne, voyage, amour, revede, diffage, Auteur: Calpurnia, Source: Revebebe
Mickey Mouse a toujours représenté ce que Camille déteste : une société frivole, sucrée jusqu’à l’écœurement, des rêves formatés, préfabriqués, industrialisés, en toc. Le spin du personnage au centre du manège, lui-même au milieu de la place du village, face à l’église dont le clocher sonne les douze coups de l’apéritif dominical, donne le tournis à la jeune femme assise à la terrasse du café. Sa tête lui tourne, car elle consomme de l’alcool pour la première fois. Dans une chanson au verbe inepte et au rythme entêtant, basses suramplifiées, dans les couleurs vives de la souris de Disney, la soucoupe volante poursuit l’hélicoptère et toute la meute se mélange en un orage chatoyant. Aussi longtemps que Camille se souvienne, ce manège a toujours occupé cet emplacement de choix. Enfant, elle n’a jamais voulu y monter, à l’opposé de Quentin, son frère aîné. Aujourd’hui, celui-ci navigue sur le Charles-de-Gaulle ; il est marin quelque part où la France ressent le besoin d’exhiber sa puissance nucléaire. Il regarde le ballet de vrais aéronefs sur le pont d’envol pour décoller, faire quelques tours vrombissants à la queue leu leu sur l’océan et revenir se poser lorsque la musique s’arrête. — Alors, tu as pris ta décision, lui demande le vieux René ? — Laisse-moi encore un peu de temps, répond Camille en portant à ses lèvres son verre de Géline. Les fidèles sortent de l’église derrière laquelle se dessinent les familières montagnes pyrénéennes qui ont fini par émerger de la ...
... brume d’été. Cette image rassure Camille, et en même temps, son cœur se serre à l’idée qu’elle pourrait ne plus la voir. Ces crêtes parsemées de névés font partie d’elle. Tout dépend de sa décision. Elle se souvient qu’à l’âge de douze ans, elle a fui au crépuscule la maison familiale en se glissant par une fenêtre de sa chambre, avec la complicité de son frère. L’adolescente voulait se connecter à la voûte céleste. Elle a pris un sentier qu’elle croyait bien connaître afin d’accéder à un petit sommet dégagé, avec une bonne vue sur le ciel. Émerveillée par le spectacle, elle est restée allongée sur le dos durant plusieurs heures, bercée par le vent nocturne, les bras en croix, les yeux écarquillés, sa chevelure brune étalée en soleil. Alors le temps du monde d’en bas a semblé s’arrêter. Elle a contemplé la danse des étoiles mystérieuses autour de celle que l’on nomme polaire. Elle s’est désaltérée de grandes gorgées de Voie lactée. Mais au retour, elle s’est égarée dans une obscurité sans lune, manquant à chaque pas de tomber dans le ravin. Elle a été obligée de s’asseoir, d’attendre l’aurore pour repartir, puis elle a rejoint ses parents et son frère éperdus d’inquiétude. Sur le chemin du retour, elle entendait crier son prénom entre les sapins. Ses yeux habitués au noir ont vu de loin briller une lumière à la fenêtre de la maison familiale isolée. Elle a couru jusque dans les bras de sa mère, et promis de ne plus recommencer. — Tu aimes, demande René ? Tu veux un autre ...