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Les petites lumières blanches
Datte: 11/03/2025, Catégories: fh, ff, hplusag, jeunes, campagne, voyage, amour, revede, diffage, Auteur: Calpurnia, Source: Revebebe
... déjeuner, elles se sont rapprochées et leurs lèvres se sont lentement ajustées, comme un papillon se pose sur une fleur : naturellement. Les vêtements mutuellement retirés et les chaussures de marche se sont envolés aux alentours. Les culottes imbibées de transpiration et d’envie de tendresse ont reposé ensemble sur un rocher en contrebas. Elles se sont aimées nues en plein soleil, sur l’herbe piquante d’altitude, chacune éblouie par la beauté de l’autre, la robuste et brune jouvencelle et la frêle maman blonde. Les doigts se sont égarés en territoire intime, bientôt rejoints par les langues sous les pubis herbus. Seules les abeilles ont été témoin des enlacements et des gémissements de cette longue étreinte saphique qui a duré jusqu’à la tombée de la nuit. Camille a découvert des voluptés intenses qu’elle a tenté de reproduire, seule dans son lit, durant l’année suivante, l’esprit empli d’un souvenir de joie. D’Allemagne, Ingrid lui a envoyé des lettres de désir, des feuillets enflammés avec les mots osés qui participent au Trésor de la langue française, dans la tradition des poétesses érotiques lesbiennes. Elle voulait tout quitter, prendre l’avion et s’envoler pour rejoindre son aimée dans les Pyrénées afin de la couvrir de baisers délicieux et de faire l’amour dans la neige des sommets. Camille, en lisant ces phrases dans l’intimité de sa chambre, ne pouvait s’empêcher de glisser un doigt sous sa culotte. Mais elle lui répondait invariablement : patience, je ne ...
... suis pas encore prête, n’abandonne pas ceux qui ont encore besoin de toi. L’année de terminale s’est ainsi écoulée au rythme des courriers d’Ingrid. Sur la place centrale du village, Mickey tourne en musique, encore et encore, et Camille, assaillie de souvenirs, a l’impression de tourner en rond, sans être capable de prendre une décision. Car il y a René et son étonnante proposition, formulée le jour même où elle a appris qu’elle devenait bachelière. René a soixante-quinze ans. Patron d’une entreprise prospère de transport routier, il a vendu son affaire en prenant sa retraite, une petite fortune qui fait de lui l’homme le plus riche du village, et le propriétaire d’une villa cossue. Mais il est malade. Il est veuf depuis cinq ans, et depuis, il a un peu trop forcé sur la bouteille, de sorte que sa cirrhose s’est transformée en cancer du foie, un mal avancé qui à ce stade ne pardonne pas. Les médecins lui donnent un an à vivre, peut-être deux ou même trois à condition d’accepter une chimiothérapie agressive. René ne veut pas de tous ces soins qui lui font peur. Il veut rester chez lui et non aller à l’hôpital. Fataliste, il se dit qu’il a peut-être assez vécu, après tout. Mais il craint la mort. Aucun homme n’est assez fort pour fanfaronner devant le squelette glacé qui, en dansant chaque nuit devant ses yeux écarquillés, l’invite à le rejoindre. Tous ses amis sont déjà entrés dans la tombe. Son épouse Jeanne et lui n’ont jamais eu d’enfant. Ce n’est pas faute d’avoir ...