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Les petites lumières blanches
Datte: 11/03/2025, Catégories: fh, ff, hplusag, jeunes, campagne, voyage, amour, revede, diffage, Auteur: Calpurnia, Source: Revebebe
... avant de s’aviser que cela rendrait ceux qu’elle aime encore plus malheureux que le déracinement. Et la prostitution ? Quelquefois, au village, des hommes lui ont proposé de fortes sommes en échange d’une relation sexuelle, que ce soit son pucelage ou de simples attouchements, et cela avant même sa majorité. La souplesse de ses mouvements, son regard étrange, comme délavé aux eaux d’un orage d’été, sa manière d’être toujours à l’écart des groupes, ont toujours attiré la fascination. Parfois, les offres venaient de couples libertins souhaitant ajouter du piment sous leur couette, ou de papas de ses anciens camarades d’école, par ailleurs charmants, qu’elle a dû gifler afin de les dissuader de poursuivre leur petit jeu vicieux. Cette perspective d’être transformée en poupée du désir masculin, d’exposer sa chair ouverte comme une viande fraîche sur l’étal du boucher, prête pour la dévoration, lui a toujours donné la nausée. Elle aurait pu vendre son corps pour sauver la ferme familiale, mais pas là où elle est née, peut-être dans l’anonymat d’une métropole, pourquoi pas au centre monstrueux de l’hypermarché où l’on vend de tout, alors pourquoi pas son corps juvénile encore parfait, de préférence sur les modèles de lit en exposition, en bas noirs et porte-jarretelles, à quatre pattes, suave, docile et bien cambrée, pénétrée en levrette, exhibée aux autres clients. Elle a imaginé le Mickey du manège devenu un faune enragé, éructant des obscénités à ses esclaves ...
... sexuelles. Bandé à mort, phallus éjaculant dans son ventre des flots noirs de pétrole puisque cette substance poisseuse est devenue le sperme de la civilisation marchande, il la forçait à écarter les cuisses et ainsi fécondée, accoucher des petits mickeys en ribambelle, vagissant leur amour des billets verts et de toutes les couleurs. Loin de ces fantasmes, elle se contente de petits boulots. Depuis ses seize ans, l’été, elle guide des randonneurs à travers les chemins escarpés qu’elle connaît parfaitement ; cela paye quelques factures. Elle a hésité à entreprendre ces longues études scientifiques dont elle a toujours rêvé. Son père a tranché : c’est décidé, ils partiront, que cela lui plaise ou non, et Camille s’inscrira dans la formation qu’elle voudra. Elle se souvient de ces longues excursions estivales, accompagnées de clients bien équipés, mais qu’il fallait ménager physiquement. L’été d’avant, elle a emmené vers un sommet Ingrid, une infatigable Allemande d’une quarantaine d’années, mère de deux enfants restés chez eux avec leur père. Elles n’étaient que toutes les deux sur les sentiers isolés, bien au-dessus de l’estive, à l’altitude où courent les isards, où volent les gypaètes et les milans, loin des voies balisées pour les touristes. La jeune femme et la maman, qui parlait un français parfait, ont sympathisé pas après pas, étape après étape. Pas après pas, les odeurs de sueur féminine se mêlaient à celle des asphodèles et de la menthe sauvage. Lors d’une pause ...