1. L'album photo d'Anne 1


    Datte: 10/03/2025, Catégories: Entre-nous, Hétéro Auteur: Laetitia sapho, Source: Hds

    ... cinémathèque », m’a-t-il dit. On ne va pas se cacher derrière son petit doigt, c’est ce jour-là que je suis tombée amoureuse de votre grand-père. Enfin vraiment.
    
    - Et ? Il s’est passé quoi ?
    
    - Rien… On a échangé quelques mots en plus. Il m’a demandé « Tu t’appelles comment ? »- Anne, et toi ?
    
    - Pierre.
    
    On a échangé nos adresses. À l’époque, on n’avait pas de 06, comme vous dites aujourd’hui.
    
    - Et ?
    
    - Et ça a commencé à dégénérer sur le piquet de grève, j’ai pris mon appareil photo, on est parti chacun de notre côté.
    
    Les journaux cherchaient des clichés, mais nous étions nombreux sur l’affaire. J’en casais un de temps en temps. Je n’avais pas encore de nom dans le milieu, la presse privilégiait les photographes qu’elle connaissait et ceux qui travaillaient pour une agence de presse, plutôt que les indépendants.
    
    C’est juste après, que j’ai commencé à me faire connaître. J’ai réalisé mon premier cliché qui a fait la une, et pas d’un seul journal.
    
    La nuit du 23 au 24 mai a été une nuit d’émeutes et de barricades au quartier latin. Bien sûr, j’y étais. Ça a été ma nuit de chance. J’ai fait LE cliché. C’est ce dont je vous parlais tout à l’heure. La chance s’est présentée à moi et je l’ai saisie, sur pellicule. J’étais à un coin de rue face à une barricade. Juste derrière, les CRS se rassemblaient, attendant l’ordre de charger. J’allais m’éloigner pour ne pas me retrouver coincée au milieu de tout ça. Quand…- Quoi Mamie !!
    
    - Deux personnages sont ...
    ... apparus debout sur la barricade, une jeune femme et un tout jeune homme, lui avait un bras levé vers le ciel. La fille agitait un drapeau, le jeune homme était à côté d’elle. La fumée des gaz lacrymogènes entourait la scène, créant comme un halo. Derrière, d’autres personnes allaient monter sur la barricade. L’œil du photographe, j’ai tout de suite vu la scène telle qu’elle se présenterait au développement sur papier.
    
    - Quoi ?
    
    - Le tableau de Delacroix, la Liberté guidant le Peuple. C’est ce que j’ai vu, c’est ce que j’ai pris. Vous imaginez le symbole en plus ? Je suis rentrée, j’ai tiré la photo, c’était tout à fait ça. La fille n’avait pas les seins découverts bien sûr, mais hormis ça, c’était la Liberté guidant le Peuple. Regardez, la voilà cette photo.
    
    - Je comprends mieux ton histoire de chance du photographe. C’est tout à fait ça…- Le lendemain, les journaux s’arrachaient mon cliché. Je venais de me faire un nom dans le milieu. Oh, ce n’était pas la gloire, mais on me connaissait maintenant. Les confrères me saluaient quand je les croisais, ils savaient qui j’étais.
    
    J’ai continué à couvrir les événements de mai 68. J’ai réussi à caser quelques autres clichés des manifestations ou des occupations d’usines. Une autre m’a apporté encore un peu de notoriété. Elle a, à nouveau, fait la couverture d’un magazine. On voit une jeune fille s’approcher d’une rangée de gardes mobiles, boucliers levés, la matraque à la main et offrir une fleur à un des gendarmes.
    
    - Et ...
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