1. L'album photo d'Anne 1


    Datte: 10/03/2025, Catégories: Entre-nous, Hétéro Auteur: Laetitia sapho, Source: Hds

    ... après Mamie ?
    
    - Après ? Après, on va au lit !
    
    - On n’est pas fatigués !
    
    - Vous non, mais moi si ! Demain le reste…
    
    Le lendemain, le fond de l’air était chaud, nous nous sommes installés avec mes petits-enfants, sur la terrasse qui dominait Camaret et la mer d’Iroise. Les premières lumières de la petite ville s’éclairaient. Les enseignes des restaurants et bars du part apparaissaient :
    
    - Voilà Mamie, ton album photos.
    
    - On continue Mamie, tu en étais au moment où tu as commencé à devenir un peu connue en 1968.
    
    - Ah oui ! Les manifestations ont pris fin après les Accords de Grenelle. J’ai un peu perdu ma matière première. Avant, au mois de mai, tous les jours, il y avait moyen de faire quelques photos. Là, c’était à nouveau le calme plat. Le calme après la tempête. Par contre, j’ai été contactée dès le début juin par une agence de presse, l’agence Epsilon, qui m’a proposé de travailler pour eux. Je n’ai pas hésité longtemps. Certes, je perdais un peu de mon indépendance, mais avec eux, je pourrais voyager, ils pouvaient m’envoyer à l’étranger, tous frais payé. En plus, ils se chargeaient de vendre mes photos aux journaux et aux magazines, en prenant un pourcentage quand même. Je n’aurais plus à courir les rédactions, ils faisaient tout pour moi. Je suis restée avec eux toute ma carrière.
    
    Début août le patron de l’agence, Hubert Flandrin m’a convoquée :
    
    - Ça bouge à Prague et en Tchécoslovaquie. Tu vas là-bas !
    
    - Moi ?
    
    - Bah oui toi ! Je ne ...
    ... vois personne d’autre dans le bureau !
    
    Prague ! Ma première à l’étranger. J’ai failli hurler de joie. Je me suis contenue. Flandrin m’impressionnait. Il remplissait bien son rôle de patron paternaliste et ronchon. J’ai ensuite appris à la connaître, mais à ce moment-là, j’étais dans mes petits souliers devant lui.
    
    - Depuis le début de l’année, la Tchécoslovaquie a entamé des réformes sous la houlette d’Alexander Dubcek, qui prône « le socialisme à visage humain ». On assiste à une certaine libéralisation du pays et une démocratisation. Il a introduit notamment, la liberté de la presse, la liberté d’expression et de circulation dans le pays.
    
    Je connaissais un peu la situation en Tchécoslovaquie. Même si les événements en France ont un peu éclipsé ce qui se passait là-bas, je suivais l’actualité de par mon métier. C’est ce qu’on appelle encore aujourd’hui « le printemps de Prague ».
    
    Flandrin continue sur son ton de professeur :
    
    - Bien évidemment, cela ne plaît pas au grand frère soviétique, qui perçoit ça comme une menace à l’hégémonie russe sur l’Europe de l’Est. Brejnev commence à s’agiter sérieusement.
    
    Attention Anne ! Ça risque de ne pas être de tout repos. On dit que des troupes du pacte de Varsovie se massent à la frontière tchécoslovaque.
    
    - Je verrais bien sur place.
    
    - Anne, tu rejoins Bailleul, il est déjà là-bas. Il t'attendra à l’aéroport de Prague. Il est prévenu de ton arrivée.
    
    - Bailleul ?
    
    - C’est un journaliste de la presse écrite qui ...
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