1. L'album photo d'Anne 1


    Datte: 10/03/2025, Catégories: Entre-nous, Hétéro Auteur: Laetitia sapho, Source: Hds

    ... complètement répondu à cette question. Ça me taraudera toute ma carrière. La frontière est souvent très mince, le journaliste ou le photographe de presse marche régulièrement sur un fil. Ne pas tomber dans le sensationnel, couvrir l’évènement et non le créer, voilà ce que doit faire un bon journaliste. Rendre compte, sans surenchère, qui amènera en fait la perte de crédibilité. C’est très compliqué de respecter cette éthique. Pour cette photo, j’ai pu imager et montrer aussi toute l’ampleur de la résistance passive mise en place par la population tchécoslovaque.
    
    De manière plus générale, est-il nécessaire de montrer toutes ces images insoutenables ? Montrer tout ce qu’il y a de plus scabreux, des fosses communes, des charniers, des cadavres jonchant les rues ?
    
    Je pense qu’un photographe de presse peut faire son travail, informer, montrer honnêtement, sans tomber dans la dérive.
    
    Je me suis efforcée de le faire. Le regard de ce garçon, plutôt que son corps dévoré par les flammes, puis d’autres photos que je ferai plus tard, vont dans ce sens. Enfin, je le pense. Je l’espère.
    
    Mais j’avais mon cliché. Ce cliché a été mon deuxième après « la liberté guidant le peuple » à faire la une de la presse en France.
    
    - On part de là, me dit Pierre en me tirant par la manche.
    
    - Oui, c’est bon pour moi.
    
    - On passe à notre hôtel prendre nos affaires et on trouve un moyen de quitter le pays.
    
    En quittant notre hôtel, j’ai attiré Pierre vers moi :- Attends !
    
    Je l’ai ...
    ... embrassé. Quand nos bouches se sont séparées, son sourire, le même que devant la cinémathèque six mois plus tôt, illuminait son visage. Si ce premier sourire m’avait séduite, si la soirée de la veille m’avait rendue amoureuse, j’ai su à ce moment-là qu’il était l’homme de ma vie.
    
    - Si on avait une heure devant nous, crois moi Anne, on ne serait pas revenus dans cette chambre seulement pour prendre vite fait nos affaires.
    
    Ce furent les paroles qu’il prononça quand on entassait pêle-mêle nos quelques affaires dans un sac. Mot pour mot, je m’en souviens. Et toujours ce sourire sur ses lèvres. J’étais bien amoureuse et plus qu’amoureuse :- L’aéroport, c’est foutu. Viens, on va voir à la gare, je n’y crois pas trop, mais allons y, m’a-t-il dit en me prenant la main.
    
    Arrivés à la gare centrale, déception, des véhicules militaires russes l’encerclait :- Plus de train, direction la gare routière.
    
    Nous sommes partis en courant. Pierre s’est arrêté et a hélé un homme qui marchait dans l’autre direction :- Attends Anne, Eh Jacques ….
    
    - Pierre.
    
    - C’est Anne, elle est photographe, on travaille ensemble, Jacques est journaliste pour l’agence France Presse.
    
    - Salut Anne,- On essaye de quitter le pays. Et toi ?
    
    - Je dégage d’ici aussi. Terry du Times a été arrêté par les Russes. Ça va craindre pour les journalistes de l'ouest ici.
    
    - L’aéroport est fermé, les gares aussi.
    
    - J’ai trouvé une vieille bagnole, je prends la route. Vous voulez venir avec moi ? Je suis ...
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