L'album photo d'Anne 1
Datte: 10/03/2025,
Catégories:
Entre-nous,
Hétéro
Auteur: Laetitia sapho, Source: Hds
... avec Di Piazza, un journaliste italien.
On a pris la route la plus directe vers la frontière ouest-allemande depuis Prague. Dans la banlieue de Prague, un camion russe se trouvait sur le bord de la route en feu :- Eh bé… Il n’y a pas que de la résistance pacifique, on dirait, m’a dit Pierre pendant que je photographiais le véhicule en feu.
Nous roulions vers une ville appelée Egra. La route était mauvaise, des réfugiés prenaient le même chemin que nous, en voiture, à vélo, à pied. Nous suivions le flux, jetant un œil de temps à autre sur une vieille carte routière trouvée dans la boite à gants.
J’étais sur la banquette arrière avec Pierre, nous nous tenions la main. J’étais bien, malgré la tension extérieure, et le danger ambiant. Régulièrement, je demandais à Jacques de ralentir, j’ouvrais ma fenêtre et je prenais des photos.
Dans une petite ville, nous nous sommes arrêtés pour regarder un char russe, à priori abandonné et en panne. Sur son flanc, il y avait un graffiti peint « Lénine reviens, Brejnev est devenu fou ! »Encore un beau cliché.
Un homme s’est approché de nous, il nous a dit que les soldats russes avaient quitté le coin. Il nous a raconté dans un mauvais anglais que des cheminots avaient fait tourner en rond pendant plusieurs heures un train russe qui apportait du matériel. Il nous a dit qu’il rejoignait des amis pour ralentir l’avancée des convois russes. Ils allaient déboulonner les plaques avec le nom des rues et arracher les panneaux routiers ...
... ou en changer le sens pour indiquer de mauvaises directions. Il a permis que je le photographie. Regardez, le voilà et là c’est le char russe tagué.
Il nous a dit aussi que la route d’Egra était coupée. Les Russes avaient mis en place des barrages à une vingtaine de kilomètres.
Il nous a dit de tenter notre chance en bifurquant vers le sud et la vile de Plzen. Peut-être que les Soviétiques qui voulaient occuper Prague et les grandes villes n’y seraient pas encore. De là, on pourrait se diriger vers la localité de Zelesna Ruda. Ensuite, c’était la RFA, la ville de Bodenmais, puis Munich. Il nous a marqué l’itinéraire sur notre carte.
Il nous a fait jurer de raconter en rentrant chez nous l’histoire du peuple tchécoslovaque au monde. Nous l’avons fait bien sûr, mais ce que nous a demandé cet homme aura influencé toute ma carrière. Ce n’est pas pour moi, pour trouver le scoop, que j’ai couru le monde ensuite. C’est pour faire témoigner tous ces gens que j’ai photographié, pour faire passer leur message.
En traversant une localité dont j’ai oublié le nom, nous sommes tombés sur deux ou trois véhicules militaires russes, entourés par la population locale sur la place. Les gens n’étaient pas forcément agressifs. Mais ils enguelaient les Russes, leur disant de repartir chez eux, qu’ils n’avaient pas besoin d’eux.
Un officier russe leur a répondu qu’ils étaient là pour les délivrer de l’invasion capitaliste à laquelle ils faisaient face. Plusieurs milliers de soldats ...