1. L'album photo d'Anne 1


    Datte: 10/03/2025, Catégories: Entre-nous, Hétéro Auteur: Laetitia sapho, Source: Hds

    ... prends mon appareil, on file là-bas.
    
    - Non, rien à voir à l’aéroport, les soldats russes ne nous laisseront pas entrer. Par contre, les gens se massent dans la rue et autour de la radio de Prague. Ils veulent la préserver en tant que moyen de communication libre. On voit ce qu’on peut en tirer et après, on dégage de là. J’ai eu Flandrin au téléphone. Si on peut lui envoyer un article et quelques photos, c’est parfait, sinon, on rentre.
    
    Voilà ce qu’a écrit votre grand-père, j’ai l’article découpé là :
    
    « Face à cette résistance passive, les armées soviétiques sont impuissantes. Les envahisseurs n’osent pas utiliser leurs armes. Incapables de donner des ordres ou de faire respecter à la population la moindre instruction, ils ne savent que faire. Terrifiants par leur puissance, ils se sentent écrasés moralement ».
    
    Un exemple pour imager ça les enfants, nous étions avec Pierre ce matin-là devant le siège de la radio tchécoslovaque. La population s’était massée autour. Elle n’était gardée que par quelques soldats tchécoslovaques. Une colonne de blindés russes est arrivée et a voulu prendre possession des lieux. Un officier tchèque leur a demandé : « Avez-vous un ordre écrit ? ». Les soldats russes ont fait demi-tour pour aller chercher le sacro-saint ordre écrit. Quand ils sont revenus une heure plus tard, la radio avait été déménagée par la population de Prague. Elle a continué à émettre depuis un lieu tenu secret. Cette anecdote (1) illustre parfaitement la ...
    ... résistance passive mise en place par la population et l’armée tchécoslovaque.
    
    Avec Pierre, nous étions sur la place devant la radio.
    
    L’officier commandant la colonne soviétique a été cherché le fameux ordre écrit, on ne sait où. Tout le monde rigolait, se tapait dans le dos. Les soldats tchécoslovaques fraternisaient avec les habitants de Prague massés devant l’immeuble. Le reste de la colonne de véhicules russes est resté aux abords de la place.
    
    D’un seul coup, la foule s’est fendue. Un jeune homme s’est approché des soldats soviétiques. Il portait un bidon d’essence. Il s’est campé devant eux et s’est arrosé avec le carburant. Il a allumé un briquet et a approché la flamme de son corps. Il allait s’immoler. Des gens se sont écartés de lui. Ses vêtements ont pris feu.
    
    D’autres ont accouru et ont jeté des couvertures sur lui. Il s’en est sorti, même s’il a été sûrement gravement brûlé. Mais son acte symbolique a marqué les esprits, tant chez les Tchécoslovaques, que chez les envahisseurs.
    
    Photographier cet étudiant en train de prendre feu, ça tous les photographes présents sur la place l’ont fait. J’avais mieux. J’ai pris son visage, son regard juste avant qu’il ne s'immole. On y lisait sa détermination. Sa détermination à résister.
    
    J’avais un peu honte. Pour moi, c’était encore du voyeurisme. Je ne m’étais pas encore blindée.
    
    Journalisme ou voyeurisme. Information ou acharnement journalistique ? Sensationnalisme ou droit de savoir ? J’avoue n’avoir jamais ...
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