1. Elsa


    Datte: 22/01/2025, Catégories: fh, hplusag, amour, mélo, portrait, amouroman, Auteur: Roy Suffer, Source: Revebebe

    ... elle, pour Héloïse et aussi pour mon ami Ben, je devais réagir. Il fallait parvenir à réconforter Elsa, il fallait qu’elle obtienne son brevet à la fin de l’année. Il fallait, il fallait… facile à dire. En fait, c’est elle qui a repris pied la première. Elle bossait seule dans sa chambre, rentrée plus tôt que moi, quand soudain elle a entendu sonner délicatement la guitare de sa mère posée sur son support. Oh bien sûr, il y a une explication logique à tout. La guitare était tout près de la baie entrouverte, le voilage poussé par le vent est venu caresser les cordes, notamment les petits plombs cachés dans l’ourlet pour avoir un beau tombé. Oui, mais peu importait l’explication rationnelle. Pour Elsa, même l’enchaînement des circonstances qui avaient mené à ce phénomène n’était pas fortuit. C’était un signal que sa mère lui avait envoyé et un signal joyeux, car elle ne jouait que lorsqu’elle était gaie et heureuse.
    
    Du coup, son humeur changea et son comportement aussi. Du tout au tout. Alors qu’elle se laissait porter, observatrice indifférente de mes efforts pour tout assurer, elle vint me demander :
    
    — Jérôme, qu’est-ce que je peux faire pour t’aider ?
    — Euh… je t’avoue qu’il y a un truc qui me pose vraiment problème, c’est le linge. Quels tissus, quelle température, j’ai beau m’éclater les yeux sur les étiquettes et le mode d’emploi de la machine, je vais de catastrophe en catastrophe.
    — C’est pourtant facile. Comment tu faisais quand tu vivais seul ?
    — Une ...
    ... panière et le tout au pressing.
    — Ha-ha ! Malin… Alors, laisse-moi faire, OK ?
    — Volontiers. Et puis aussi, si tu veux bien prendre en charge l’entretien de ton « domaine », ça me gêne un peu de m’imposer dans l’intimité de ta chambre pour y faire le ménage.
    — Pas de souci. Mais tu sais, je n’ai rien à cacher, surtout pas à toi.
    
    Dès lors, un certain équilibre s’instaura entre nous, à mon sens plus propice à ses études. Jusqu’à ce que le sort semble s’acharner encore une fois contre nous sous la forme d’un cerbère discrètement moustachu et aux lunettes en culs-de-bouteille. Une assistante sociale déléguée par la DASS. Elle voulut d’abord voir Elsa, « en privé et dans son environnement », c’est-à-dire sa chambre. Il y eut quelques éclats de voix et, au bout d’une demi-heure, la petite vint se jeter dans mes bras en pleurant encore une fois toutes les larmes de son corps.
    
    — Ils veulent m’envoyer dans un orphelinat ou me placer dans une famille d’accueil… Jérôme, je t’en supplie, fais quelque chose…
    — Calme-toi, calme-toi. Tu as peut-être mal compris. Laisse-moi lui parler…
    
    La petite sortit, mes phalanges craquèrent tellement je serrais les poings. Ç’aurait été un homme… Pourtant, j’ai essayé de commencer calmement, sorte de colère froide :
    
    — Vous n’avez pas honte, Madame, de mettre cette fillette dans des états pareils ? Je vous rappelle qu’elle a perdu son père quand elle n’avait pas deux ans et que là, elle vient de perdre sa mère.
    — Exact. Vous résumez bien mon ...
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