1. Elsa


    Datte: 22/01/2025, Catégories: fh, hplusag, amour, mélo, portrait, amouroman, Auteur: Roy Suffer, Source: Revebebe

    ... casque, il n’a pas été possible de le ranimer.
    
    Obsèques terribles et d’une longueur épouvantable, un monde fou, une Héloïse effondrée qui ne tenait debout que pour son bébé, Elsa, qui n’avait pas deux ans. Et comme souvent dans ces situations, après les grandes promesses « n’hésite pas à m’appeler… je serai toujours là pour toi… je passerai te voir… », au bout de quinze jours c’était pour elle la solitude absolue, le grand vide. Sauf moi. Je le devais bien à la mémoire de Ben, à notre amitié, à Héloïse et surtout son bout de chou qui n’y était pour rien, mais dont la vie commençait si mal. J’ai pris l’habitude de faire la route tous les quinze jours, puis j’ai trouvé un poste très intéressant dans le secteur et dès lors je passais les voir toutes les semaines.
    
    Au début, j’emmenais Elsa se promener au parc pendant que sa mère restait seule pour pleurer son soûl. La petite était contente de me voir arriver et me sautait au cou, je crois que j’étais pour elle synonyme de divertissement, de balades, de rigolades et de bonbons dans les poches. Puis Héloïse est venue au parc avec nous, lancer du pain dur aux canards. Un jour, j’ai vu Hello sourire à demi. Un autre jour, elle a éclaté de rire à un de ces mots d’enfants qu’Elsa a ingénument proféré. Il a fallu des semaines pour que nos promenades dépassent le parc et que nous trouvions un petit endroit peu fréquenté, au bord d’une rivière, où il faisait bon pique-niquer et faire jouer la petite. C’est là que j’ai fait ...
    ... peut-être le plus beau cliché de ma vie, un profil d’Elsa sur fond de rivière et de frondaisons, nimbée de soleil latéral comme un contre-jour contre balancé par les reflets de l’eau. Superbe photo et superbe gamine. Il fallut bien d’autres semaines encore pour qu’Héloïse me dise un jour :
    
    — Tu sais, tu es vraiment un ami fidèle, toi, à passer tous tes week-ends avec nous. Jamais tu ne penses à toi ?
    — Oh moi… J’ai eu deux expériences malheureuses, deux échecs cuisants. Voilà ce que c’est quand on côtoie une perle trop tôt dans sa vie. Après, les autres n’ont plus vraiment de goût…
    — T’es vraiment mignon.
    
    Beaucoup plus tard, dans les frimas humides de l’automne, nous promenions de nouveau Elsa au parc, la tenant chacun par une main pour lui faire sauter les flaques d’eau. Au bout d’un moment de ce jeu, la petite freina et réunit nos deux mains en clamant :
    
    — Ah ! Voilà ! Comme deux amoureux !
    
    Dans la foulée, elle voulut sauter seule la flaque suivante et y retomba… à pieds joints. Ça la fit beaucoup rire, moins sa mère au vu des chaussures et des collants blancs. Cette attitude de la fillette envers nous s’accentua au fil du temps.
    
    — Tu la trouves belle, ma maman ?
    — Hum… Oui, presque aussi belle que toi.
    — Pourquoi tu la prends pas dans tes bras comme moi ?
    — Parce qu’elle est beaucoup trop grande et trop lourde…
    — Han ! Maman ! Tu vois, t’es trop grosse !
    — Merci, ma chérie, ce n’est pas mon jour aujourd’hui.
    — C’est pas moi, c’est Jérôme qui l’a ...
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